Histoire de l'Automobile à Lyon (3)

Plutôt que d’écrire une nouvelle histoire de l’industrie automobile lyonnaise, il nous a semblé plus intéressant de publier la très documentée suite d’articles de Lucien LOREILLE publiée en 1967 et 1968 dans les bulletins de la Société d’Histoire Rive Gauche. Lucien LOREILLE, grand historien de l'automobile, décédé en 2012 à l'âge de 86 ans, a été en particulier président de l’association lyonnaise "Amateurs d'Automobiles Anciennes" (3A) dont il fut en 1956 un des fondateurs avec Paul MELOT et Henri MALARTRE.

 

Les constructeurs lyonnais d'automobiles (suite et fin)
(bulletins n° 20 à 24, de mars 1967 à mars 1968, de la Société d'Histoire Rive Gauche)

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REINHARD :
Société de Construction des Moteurs Reinhard, Limited
101 chemin des Pins, Lyon-Montchat

Cette firme a construit entre 1911 et 1914 une vingtaine de voitures les premières à chaines, les autres à cardans. Elles étaient équipées d'un moteur sans soupapes à distributeurs rotatifs que l'ingénieur Valentin Rheinhard avait breveté en 1910.

RENARD :
Ets L. Renard, 11 avenue Jean-Jaurès, Lyon

Cette société a construit quelques voitures électriques au début de l`occupation. La première, sortie à la fin de 1940 avait 3 roues,  celles de 1941 en avaient quatre. Connues sous le nom d'Electro-Renard elles atteignaient 45 km-h avec une carrosserie 2 places et avaient un rayon d`action d'environ 50 km.

ROCHET FRERES :
7 rue de la Part-Dieu et 40e Sainte-Geneviève, Lyon

Les frères Rochet étaient les plus anciens constructeurs lyonnais de vélocipèdes. Vers 1897-98 Ils se lancèrent dans la construction de voiturettes à 4 places en vis-à-vis. Le moteur était un monocylindre vertical De Dion-Bouton de 3 HP à refroidissement par eau ; il était placé à l'avant sous la banquette. En ordre de marche ce véhicule pesait moins de 200 kg.
Il est à remarquer que l’adresse de cette affaire est celle Givaudan.
M. Edouard Hochet fondateur de Rochet-Schneider était le fils de ce constructeur.

ROCHET-SCHNEIDER :
Ets Lyonnais Rochet-Schneider, 4 place Saint-Pothin jusqu`en 1899,
ensuite 202 rue Paul-Bert jusqu'en 1901, après 57 chemin Feuillat, Lyon

Cette firme a été fondée en 1889 par M. Edouard Rochet, fils d'un mécanicien constructeur de cycles, et par M. Théodore Schneider fabricant de scieries. Ils commencent par construire des bicycles et tricycles à pédales.
En 1894. M. Rochet imagine sa première voiture. Elle a les commandes par courroies et le moteur placé à l'arrière est un monocylindre horizontal inspiré du Benz contemporain. En 1896 une voiture de ce type accomplit pour la première fois l'ascension du Galibier. Cette voiture pieusement conservée par Rochet-Schneider est maintenant exposée au Musée de Rochetaillée.
En 1896 également, MM. D. et G. Zafiropulo réussissent sur une voiture semblable un autre exploit extraordinaire : atteindre Constantinople. Elle fut la première voiture à traverser la Roumanie et la Turquie. En 1897 une Rochet-Schneider prend part à la course Paris-Marseille, mais elle abandonne à Anse à la suite d'un accident, les voitures connaissent vite le succès commercial et près de 400 exemplaires sont construits jusqu'à 1900. La majorité de cette production est absorbée par les USA où une survivante datant de 1897 est conservée à l`Antique Auto Museum de Brookline dans le Massachusetts. La fabrication des cycles menées en parallèle jusqu'ici est abandonnée en 1899 et la firme se consacra alors entièrement à l'automobile. En 1900 elle sort des 2 cylindres, en 1901 des 4 cylindres, année où elle applique l`allumage électrique. En 1903 une B cylindres en ligne est construite pour la première course de côte de Limonest.
Peu avant la Grande Guerre le Président Poincaré utilisait une grande torpédo Rochet-Schneider pour ses voyages officiels. Pendant les hostilités les ateliers du chemin Feuillet livrèrent à l'armée des camions, des ambulances, des voitures d’état-major. La construction des voitures de tourisme reprit après l'armistice et dura jusqu’à 1933. Le dernier modèle était une 26 cv 6 cylindres, luxueuse routière de grande classe dont le dernier exemplaire fut acheté par le Bey de Tunis.
La Société se consacra alors uniquement aux camions et fabriqua de robustes poids lourds à moteur Diesel licence Oberhansli. De 1934 a 1939 la cadence de production était de l'ordre de 30 à 35 châssis par mois ; la moitié d`entre eux était livrée à l'armée. Dès 1935 la firme s'intéressa aux carburants nationaux en construisant des camions fonctionnant au bois (système Gazauto) et au gaz de ville. Les véhicules construits pour les besoins civils pendant l`occupation étaientéquipés de gazogènes licence Facel. A cette époque Rochet-Schneider livra à la Compagnie Générale Transsaharienne des camions fonctionnant à l'huile d'arachide produite en quantité et à bas prix dans les colonies. Après 1950 la firme cessa toute construction pour se consacrer à la mécanique générale, avant d'être absorbée en décembre 1959 par Berliet.
Entre 1900 et i914 les automobiles Rochet-Schneider furent construites sous licence par Martini en Suisse. Florentia en Italie, la Locomotrice en Belgique et Sampson (plus tard Moyea) à Pittsfielcl, Mass. USA.

S.L.l.M. :
Société Lyonnaise d`Industrie Mécanique Automobiles SLIM - Pilain
5 chemin du Vallon, Lyon-SaintClair

En août 1919, la Société des Automobiles Pilain céda son actif industriel et commercial à la S.L.I.M. dirigée par l`ingénieur Adenot, qui transfère les ateliers à Saint-Clair. Une usine fut créée plus tard 60 à 64 rue Germain à Villeurbanne. Pendant que se préparait la fabrication des voitures les ateliers de Saint-Clair construisent des compresseurs et des perceuses radiales. La S.L.I.M. présenta son premier modèle à la Foire de mars 1920. C'était un torpédo 4 places à radiateur en coupe-vent. Le modèle à radiateur plat apparut en 1921. Son moteur était un 4 cylindres à 16 soupapes livré en trois puissances 12, 15 et 18-40 HP. Cette dernière avait les freins commandés par air comprimé. La boite à vitesses faisait corps avec le pont arrière.
Les S.L.I.M. étaient capables d'excellentes performances. Les pilotes de la firme : Lacharnay. Merlani et Malardier enlevèrent toutes les premières places à Limonest, aux Alpilles, a la Faucille, a Cluse, au Val Suzon, au Mont-Ventoux, à Laffrey, etc...
La construction cessa en 1925.
Le Musée de Rochetaillée se devait de faire une place particulière à cette voiture lyonnaise au palmarès si élogieux : un musée de |`auto à Lyon ne pouvait se concevoir sans une S.L.I.M. ! Après des années de patientes recherches M. Malartre vient d'acquérir un modèle 1923. Celui-ci vient d'entrer dans sa retraite définitive et sera sous peu présenté aux visiteurs.

SOVEL :
Société Sovel. Véhicules Electriques Industriels
154 rue Léon-Blum, Villeurbanne

Fondée en 1924 cette firme toujours en activité a construit plusieurs milliers de véhicules à accumulateurs de 100 kg à 8 tonnes de charge utile. Elle fabrique tous les types de camions pour transports urbains et le matériel de voierie telles que les arroseuses et les bennes à ordures ménagères.

SPIDOS :
Cyclecars Spidos, A. Vassiaux, constructeur
usines : 125 route Nationale, Bron
bureaux : 12 avenue Felix-Faure, Lyon

La petite marque Spidos se taille un beau succès sportif dans la période 1921-1923. Ses voiturettes étaient équipées de moteur Ruby 4 cylindres 55x95 à soupapes latérales. Vassiaux, leur constructeur, remporta entre autres épreuves la course de côte de Miribel organisée en septembre 1922 par le Motocycle-Club de Lyon.
Le modèle client le plus courant étaitun torpédo à 2 places décalées catalogue 8400 frs en 1922. Après 1923 Vassiaux abandonnait la construction et courait pour la marque italienne Chiribiri.

S.T.A.L. :
Société de Transformations Automobiles Lyonnaise
28 avenue Franklin-Roosevelt, Bron, et 13, rue Grillet, Lyon (7ème)

En 1948 cette société débuta par la transformation des 4 cv Renault en réduisant la cylindrée en dessous de 750 cm3, pour leur permettre de courir dans cette catégorie (les 4 cv d'usine concourraient en 1100 cm3). Les transformations ne concernaient pas seulement la mécanique (moteur, freins, suspension] mais également la carrosserie (ailes échancrées-, portes et capots en alliage léger). Par la suite la S.T.A.l. réalisa des coupés 2 places 2 portes et une barquette surbaissée à mécanique Renault. Plus de 50 S.T.A.L. furent livrées et certaines remportèrent de belles victoires : Mont Ventoux, Charbonnières etc...

S.T.E.L.A. :
Service Traction Electrique Légère et Agricole, Forges et Ateliers de Lyon (F.A.L.)
Usines : 15 à 19, rue Jean-Bourgeay Villeurbanne
Siège social : 8 à 12 quai St-Antoine

Dès le début de l'occupation les F.A_L. mettent en fabrication des véhicules électriques. La gamme comprenait des voitures de tourisme, des fourgonnettes, des camions et des cars légers à 12 places. Les voitures existaient en deux versions ; la première aux lignes anguleuses "taillées au couteau" avait des phares derrière la calandre comme la 402 et les accumulateurs étaient places sur les marchepieds. Toujours livrée en gris clair elle existait en 2 places, en 4 places et en fourgonnette 500 kg.
La seconde version était une élégante berline profilée à 4 portes, 5 places, le type "FlCA". Elle était peinte en noire, pesait 2000 kg, dont 1000 d`accumulateurs ; ceux-ci étaient placés dans ie coffre arrière. Plusieurs furent utilisés a Lyon comme taxi pendant les années sombres. A Vichy, l'Amiral Darlan en avait 2 pour son service personnel. La fabrication des voitures S.T.E.L.A. cessa en 1944, celle des véhicules industriels dura jusqu'à 1948.
En 1953 les F.A.L. réalisèrent sur châssis Ford Vedette, 2 prototypes de taxis électriques. La carrosserie assez élégante fut construite chez Delhorme route de Vienne et rappelait celle de la S.T.E.L.A  "RCA".

TESTE & MORET :
20 rue de la Claire, Lyon-Vaise

Dans une aiguillerie fondée par son père en 1843, M. Auguste Teste entreprit en 1897, avec son associé Jules Moret, de construire des automobiles. Elles furent fabriquées dans des ateliers situés 28-30 rue de St-Cyr et ce département occupa environ 300 ouvriers. A l'exception des moteurs achetés à De Dion-Bouton, toutes les pièces étaient faites par Teste et Moret y compris les tubes de châssis. Appelées "Mouches", ces voitures ont été dessinées par un ingénieur anglais Thomas C. Pullinger, entré à l'usine en 1896. M. Pullinger avait remplacé la culasse à ailettes du moteur de Dion-Bouton par une culasse à eau de son invention.
A l'exposition automobile qui eut lieu à Lyon en décembre 1899 une Teste & Moret obtint un grand succès de curiosité. Elle ressemblait à un traineau et le peintre Théodore Lévigne avait peint sur sa carrosserie des anges et des paysages : cette pièce unique fut livrée au Shah de Perse. En 1901 une voiture de course de 14 hp fut réalisée dans les ateliers vaisois. Entre 1897 et 1903 la firme fabriqua environ 400 voitures ; sur ce nombre près de 300 furent livrées à des médecins ; une douzaine de camionnettes légères de livraison furent commandées par les magasins d'habillement "A la Grande Maison" place de la République. Une Teste & Moret était découverte dans le sud-ouest il y a 6 ou 7 ans et une autre figure dans la collection de Rochetaillée.

VAGNON-CANET :
36 rue Sainte-Hélène et 5 rue Fleurieu, Lyon

Cette maison nous a été signalée il y a plusieurs années déjà par l'historien américain Walter S. Jaro, mais jusqu'ici nous n'avons pas réussi à trouver le moindre renseignement. D'après lui MM. Vagnon et Canet auraient commencé à fabriquer des voitures et des motocyclettes vers 1899-1900, et auraient continué jusqu'aux environs de 1903. Ils auraient également fait quelques camions.

VAILLANT :
52 rue Franklin, Lyon

Ce cyclecar de 2 m 35 d'empattement a été construit dans les années 1922-1923. Il avait 2 places et son moteur était un 5 hp Chapuis-Dornier 55-85. Il était proposé à 7.800 francs.

VARGOZ :

En 1922 1'ingénieur lyonnais Vargoz a construit un véhicule automobile capable de rouler sur routes et de voguer sur l'eau. Les 4 roues étaient motrices et directrices et munies de palettes pour la propulsion dans l'eau.
Les premiers essais eurent lieu sur le Rhône près du pont Morand où l'amphibie évolua à la vitesse de 12 km/h. Ensuite M. Vargoz descendit le fleuve jusqu'à Vienne. II fit également des essais à Jonage.
Le moteur était un 14 hp emprunté à une Ford.

VIRATELLE :
Sté Anonyme des Motocyclettes et Automobiles Viratelle
7 à 11 rue Jean Bourgey Lyon - Villeurbanne

Cette maison est surtout connue pour ses motocyclettes qui avaient la particularité d'être refroidies par eau. En 1921 elle mit en étude une voiturette et en fabriqua quelques unes jusque vers 1923. Contrairement aux motos de la maison, auxquelles elles empruntaient différentes pièces, le moteur avait un refroidissement par air ! Un cyclecar minuscule fut engagé au Bol d'Or en juin 1927.

VIROT :

Le maitre-ouvrier Virot chef des ateliers de mécanique à l'EcoIe Centrale Lyonnaise a construit une automobile à vapeur en 1872. Un second exemplaire de cet engin est construit en 1884 dans les ateliers de l'E.C.L Chaque élève y possédait sa Pièce personnelle. II avait 3 roues, pesait 400 kg et pouvait atteindre 35 km/h. En tirant une charrette hippomobile dans laquelle 9 personnes avaient pris place M. Virot fit un jour le voyage de Lyon à Villefranche en une heure trois-quarts.

VITRAC-DUGELAY :
M. Christolhomme, fabricant de camions automobiles
50 rue de Montchat, Lyon-Montchat

Cette affaire aurait débuté en 1908 pour s'arrêter en 1911 e n'aurait pas réalisé plus d'une dizaine de véhicules. II est amusant de rapporter que plusieurs catégories "poids lourds" étaient prévues à la course de côte des Chères-Limonest en avril 1908. Les deux camions Vitrac-Dugelay engagés se classèrent 3ème et 4ème de la classe 1000 kg.




Cette liste qui compte pourtant plus de 70 noms n'est pas encore complète, et il faudrait ajouter certains véhicules pour lesquels il manque encore des précisions : PIONCHON, BOURBON, DEBEAUNE, KOEHLER-ESCOFFIER, …
Nous ne pouvons conclure cette longue énumération sans souligner que les lyonnais manifestent toujours autant de génie inventif. Ces deux dernières années de tout jeunes sportifs ont imaginé et construit, avec un minimum de moyens, l'un dans sa cour, l'autre dans son garage ou sa cave, des monoplaces de course formule 3 et 4. Citons la Courtois-Sport de M. Courtois, la Titus de B. Savey, l'"Elfe" de J.P. Ellena.
Cette passion pour l'automobile qui a enflammé les lyonnais dès ses débuts est donc toujours ancrée dans leur coeur et ne semble pas prêt de s'éteindre. Nos quotidiens ne Viennent-ils pas de consacrer de larges colonnes à l' "Airauto", une nouvelle voiture volante sur laquelle travaille M. Julian, un jeune ingénieur de Bron...

 Lucien LOREILLE - mars 1968

 

Nous remercions tout particulièrement la Société d'Histoire de Lyon pour son autorisation de publication, la Fondation Berliet pour ses photos d'archive, et le Musée Malartre pour ses photos ainsi que la mise à disposition de véhicules pour des photos complémentaires.

Reproduction interdite. Publication exceptionnellement autorisée ici par la Société d'Histoire de Lyon.


Bibliographie :

Pierre-Lucien Pouzet : La Grande Aventure automobile lyonnaise - Editions La Taillanderie - 2006
S.Bellu J.Fondin Ch.Moity : 100 Ansd’Automobile Française - L’Automobile Magazine - 1984
Jacques Rousseau Michel Latca : Histoire Mondiale de l'Automobile - Hachette - 1958
Collectif : L’Automobile en Rhône-Alpes - EMCC - 2005
Collectif : L’esprit d’un siècle, Lyon 1800-1914 (pages 150 à 159) - Éric Favre : Les Grands Prix Automobile de Lyon - SEPEC - 2014
Site https://www.les3a.com/le-club/historique-du-club/
Site https://www.societe-histoire-lyon.org/rive-gauche-descriptif
Site http://boursinp.free.fr/autohis9.htm