Place des Célestins

Cette place est une des plus agréables de la Presqu'île avec sa forme carrée, ses proportions harmonieuses et élégantes, entourée de Magnolias. Elle doit son nom à l'ancien couvent des Célestins, religieux installés ici au début du XVe siècle jusqu'à leur réunification à l'ordre de Malte en 1778. Cet espace calme en plein cœur de la presqu'île est aussi un lieu culturel avec la présence du seul théâtre à italienne du XIXe siècle conservé à Lyon.

 


Histoire

 Aux temps romains, le site était sur l’île des Canabae où se trouvaient des entrepôts, ceci a été attesté par des céramiques trouvées lors de fouilles.

 Avant son éviction de France, le 13 octobre 1307, l’ordre des Templiers avait une commanderie de la place jusqu’à la Saône : on a découvert des vestiges lors de la construction du parking souterrain. La Commanderie sera cédée aux Chevaliers de Saint-Jean qui la vendent en 1315 au Comte de Savoie qui en fera don aux Célestins en 1407.

Ces derniers édifièrent successivement trois couvents de 1501, 1622 et le grand couvent de 1745 après l'incendie de 1740, avec une église et son cloitre, un vaste jardin et plusieurs corps de logis : dortoir de malades, réfectoire, chapitre, cellules et bibliothèque. Ils y restèrent presque quatre cents ans. En 1772, le pape a fait fermer le couvent dont les locaux sont revenus au donateur, Victor Amédée de Savoie qui les vendit en 1786 à un entrepreneur privé qui fonde "la société des Célestins".  Un plan d'urbanisation sera confié à Jean Antoine Morand qui créera, autour d'une place centrale, un théâtre et des immeubles  comportant des commerces au rez-de-chaussée, qui complétaient les quatre bâtiments conservés avec leur façade sur le quai. Entre 1789 et 1792 sont construites quatre rues, et les façades latérales sont bâties en même temps. Il s'agit de la rue de Savoie, d'Égypte, des Célestins et d'Amboise. Les jardins du couvent sont transformés en place.

A l’aube du XIXe siècle la place des Célestins avait pris son aspect actuel. En 1820 la place fut agrandit vers l'est. Un grand passage couvert, le passage Courdec, relia la place des Célestins au milieu de la rue Saint Dominique, aujourd’hui rue Emile Zola. En 1876 la rue des Archers est prolongée de la rue Emile Zola à la place des Célestins et le passage disparait.

L’aménagement actuel de la place date de 1995, suite à la création d’un parc de stationnement. Ce parking fut réalisé par les architectes Michel Targe et Jean Michel Wilmotte. L’artiste Daniel Buren a conçu au milieu de la large partie centrale de la place recouverte de bois un curieux périscope permettant, grâce à un miroir rotatif, d'admirer les loggias de la rampe d’accès circulaire du parking en sous-sol. Deux plans d'eau et des bancs ombragés sont sur le pourtour protégés de la circulation par des buissons.

 

Architecture

Le quartier des Célestins est situé dans la presqu'île, Lyon 2e, face à la cathédrale Saint-Jean par rapport à la Saône à l'ouest, et délimité par la rue Emile Zola à l'est, la rue du Port du Temple au nord et la place Bellecour au sud. On accède à la place des Célestins par les rues des Archers, Dullin, André, Pazzi et Moncharmont.

Bien que le couvent des Célestins fût détruit, de nombreuses traces sont visibles sur le quai de Saône entre la rue de Savoie et la place Antoine Gourju. Au 11 place Antonin Gourju, un passage voûté surmonté d’une statue de la Vierge du XVIIe siècle est un reste de l’entrée des communs.

Aux 8, 9, 10 quai des Célestins les deux premiers étages et les portes nord et sud du couvent du XVIIIe siècle.

Dans la cour de l’immeuble des 8 et 9 quai des Célestins quelques traces du cloître sont encore visibles ainsi qu'une inscription latine au 2 rue Charles Dullin.

Le lotissement autour de la place a été créé entre 1791 et 1812 par l’architecte Jean Antoine Morand.  Toute la ligne de maisons est identique, à quelques détails près : même hauteur des baies, même espacement, même petites baies quadrangulaires sous les combles parfois isolées parfois réunies par un bandeau, même corniche en bois. Le tout surprend par sa nudité, en effet il y a peu de détails décoratifs et les baies sont sans encadrement. La hauteur des immeubles est proportionnée au tiers de la largeur de la place. Des commerces, devenus des restaurants pour certains étaient prévus en rez-de-chaussée.

L'immeuble du 9 a été réalisé par l'entrepreneur R. Feuga et le rentier P. Mathieu en 1822 puis, revendu en 1827 à un négociant de Paris. L'originalité de la façade se situe dans les portes-fenêtres couronnées d'une frise ornée d'une table lisse et d'une corniche portée par des consoles plates à gouttes qui se prolongent pour dégager un contre-chambranle, encore dans l'esprit du XVIIIe siècle. Réalisé en 1811, l’édifice du 10 offre un soubassement lisse et constitué de hautes travées rectangulaires à la nouvelle mode, tandis qu'aux étages perdure la liaison entre corniche et appui des baies qui accentue la verticalité propre au XVIIIe siècle. Coté est, deux façades partent en diagonale de part et d'autre de la rue des Archers.

 

Le théâtre des Célestins

 Situé au cœur de Lyon, le théâtre des Célestins est un des rares théâtres, avec la Comédie Française et le théâtre de l'Odéon, à pouvoir commémorer plus de deux siècles d'art dramatique. Entièrement rénové entre 2003 et 2005, il est devenu l'un des Théâtres à l'Italienne les plus performants d'Europe. Avec ses deux salles, il s'affirme aujourd'hui comme une véritable maison de création et de production offrant au public une programmation d'excellence qui allie grandes œuvres du répertoire et créations contemporaines.

En 1778, par décision du pape Pie VI, le couvent des Célestins fut fermé. L'église désaffectée devint alors une première salle de spectacles que l'on appela le "Théâtre des Variétés". En 1791, un nouveau théâtre fut construit à l'emplacement de ce que fut le cloître des Célestins. Il fut ouvert le 9 avril 1792. Il était alors exclusivement voué aux drames et aux vaudevilles. Après 1830, le romantisme fit son apparition, et quelques unes des pièces les plus fameuses de Victor Hugo et d'Alexandre Dumas y furent chaleureusement accueillies. Mais peu confortable, mal éclairé et de petite taille, le théâtre prit très vite un aspect délabré, et satisfaisait une clientèle peu exigeante en matière théâtrale.

Au XIXe siècle, sous le règne bourgeois du roi Louis Philippe, les architectes Farges et Falconnet édifièrent un nouveau théâtre. Dans la nuit du 1er au 2 avril 1871, un incendie détruisit entièrement l'édifice. En 1873, un concours fut organisé, remporté par Gaspard André. La nouvelle façade, celle actuelle, est ornée de colonnes et d'un attique sculpté de guirlandes, de lion et d'anges. Une corniche en fronton et une toiture en demi-coupole couronnent l'édifice. Le rouge et or prédomine et les sculptures, moulures et trompe-l'œil abondent sur les façades et la voûte, comme autant de marques de richesse, caractéristiques du théâtre à l'italienne de la fin du XIXe siècle. La salle de spectacles, richement décorée toujours en rouge et or, offre un plafond dédié à Aristophane, père de la Comédie et à Athéna. La scène est construite exactement à l’emplacement de l’ancien chœur de l’église des Célestins. Le théâtre est inauguré le 1er août 1877, mais dans la nuit du 25 au 26 mai 1880, un nouvel incendie ravage entièrement la toiture et la scène.

Gaspard André réédifie son théâtre, à partir des mêmes plans, sans rien ajouter à la décoration, à l'exception de statues sur la façade, la Tragédie et de la Comédie accompagnées de leurs emblèmes, le flambeau pour la Tragédie et une marotte de fou pour la Comédie, sculptées par Roubaudet, par Pagny, et les bustes de Victor Hugo, Alfred de Musset et Eugène Scribe, représentant les trois genres: Drame, Comédie et Vaudeville.

L'atrium ou hall d'entrée, appelé vestibule par Gaspard André, est d'une grande élégance. Le lustre Macchina della luce d'Oro, très contemporain, a été commandé à l'artiste milanais Carlo Catellani.

Une rénovation majeure a été réalisée dans les années 2202 à 2005. Ceci pour des questions de sécurité mais aussi pour privilégier l'accueil et le confort du public. La salle offre près de 697 places.

La grande salle, plusieurs fois rénovée depuis 1881, est le type même d'une salle à l'italienne, avec les caractéristiques qui définissaient ce type de salle classique, soit une salle en forme de fer à cheval avec des balcons. Si, depuis les travaux conduits en 2002, des améliorations ont été apportées au confort du public, les proportions harmonieuses et la richesse de la décoration n'ont pas été altérées. Les fauteuils en velours rouge  et le tissu tendu sur les murs créent la même atmosphère feutrée qu'appréciait le public à la fin du XIXe siècle

Construite en 2003, l’autre salle de spectacle, la Célestine, se situe à 3,20 m sous le niveau de la rue. Elle permet de répéter les pièces au ou de présenter des mises en scène. Elle offre 170 places.

Le théâtre a été inscrit à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1997.

 


Bibliographie

Jean Pelletier, Charles Delfante : Places de Lyon, Portraits d’une ville - Ed. Stéphane Bachès - 2009
Jean PELLETIER : Connaître son arrondissement, le 2e – Editions Lyonnaises - 1998
D.Bertin, N.Mathian : Lyon, silhouettes d'une ville - Éditions lyonnaises d'Art et d'Histoire – 2008
Louis Maynard : Dictionnaire de Lyonnaiseries - Jean Honoré éditeur – 1982
Ernest Cuaz : Histoire du couvent des Célestins, Lyon - Waltener & Cie -  1902
Site https://www.ruesdelyon.net
Site https://www.theatredescelestins.com/wp-content/uploads/2017/04/L-envers-du-decor.pdf