Place Louis Pradel

Au pied de la colline de la Croix-Rousse et au commencement de la rue de la République se trouve la place dédicacée au maire de Lyon Louis Pradel, en fonction de 1957 à 1976. Son aménagement remonte au début des années 80, lorsque la municipalité profite de la construction de la première ligne de métro pour lancer les travaux de cette place. Paradis des skateurs et des rollers, elle offre un vaste espace piétonnier où vous pourrez flâner au milieu des sculptures d’Ipousteguy.


 

Aménagements de la place Louis Pradel

Situé sur l’emplacement des anciens fossés de la ville, le quartier se construit peu à peu entre le XVIème et le XVIIIème siècle. L’intérêt porté à l’espace occupé par la place remonte au XIXème siècle, lorsque le préfet Claude-Marius Vaïsse fait percer la rue Impériale, aujourd’hui connue sous le nom de Rue de la République. On s’interroge alors sur la possibilité de prolonger la rue Impériale. Plusieurs hypothèses sont émises : d’abord vers le quartier Saint-Clair, au nord de la ville, puis, au XXème siècle, en direction de la colline de la Croix-Rousse. Aucun de ces projets ne verra le jour et il faudra attendre le lancement des travaux de la première ligne de métro pour qu’un projet d’aménagement soit enfin mené à terme.

La première mention du projet de construction du métro date de 1963, durant le mandat de Louis Pradel. La municipalité décide de combiner les travaux d’aménagements de la place avec ceux de la construction de la ligne A du métro et du parking souterrain (aujourd’hui le Parc de l’Hôtel de Ville).

En 1974, la SEMALY (Société d'Etudes du Métro de l'Agglomération Lyonnaise) se porte acquéreuse de l’ensemble des bâtiments situés sur la rue Puits Gaillot, en face de l’Opéra. Ces derniers sont détruits pour créer la place. Après la destruction des immeubles de la rue Puits Gaillot, c’est la SERL (Société d'Equipement du Rhône et de Lyon) qui est chargée de coordonner les travaux d’aménagement de la place. Le 13 août 1978, les plans dessinés par Charles Delfante sont approuvés. Le parking est construit entre temps et inauguré en 1980. Les travaux de la place peuvent être lancés à partir de juin 1982.


En parallèle à la démolition des immeubles, l’ancien pont Morand est détruit afin d’en reconstruire un nouveau permettant la traversée du Rhône par le métro, non pas en dessous du fleuve, mais en passant à l’intérieur du tablier du pont. Si l’on regarde la place aujourd’hui on peut voir que celle-ci est construite sur un plan incliné. Ceci est dû à la contrainte du tracé du métro qui doit rejoindre depuis la place de la Comédie le pont Morand situé plus haut que la station de métro Hôtel de Ville. Cette différence de niveau entre les deux places est rattrapée avec un système de gradine (sorte de petits escaliers) que l’on voit aujourd’hui au centre de la place.

A l’origine, la circulation automobile était prévue sur la place Louis Pradel : une voie est tracée le long du côté nord, permettant de relier le pont Morand. De ce côté-ci de la place, les façades sont aménagées : à l’angle de la place Louis Pradel et de la rue du Griffon, Charles Delfante fait réaliser, à la demande de la municipalité, une façade en béton imitant l’architecture du XVIIIème siècle. Sur le côté ouest, les plans prévoient l’édification d’une annexe de l’Hôtel de Ville qui est implantée dans le prolongement de la rue de la République. Le côté sud-est quant-à lui, conserve ses façades XVIIIème et accueille l’Opéra.

La place que l’on connait aujourd’hui est terminée en 1993 : cette année-là, le Maire Michel Noir décide de supprimer la voie de circulation et de la remplacer par un ruisseau et une pelouse qui courent le long de la place. Dans un même temps l’Opéra, qui est passé entre les mains de l’architecte Jean Nouvel, est inauguré.


 

Les sculptures d’Ipousteguy


Les décors de la place sont confiés au sculpteur Jean-Robert Ipousteguy qui en 1982, va créer pour la place quatre œuvres d’art :

  • Côté Rhône : la « Pyramide de l’Histoire de Lyon » ou « Pyramide des lyonnaiseries » où l’histoire de Lyon est figurée par une série de petites sculptures représentant les symboles de la tradition lyonnaise : Guignol, un métier à tisser, un joueur de boule…

  • Au centre de la place : le monument de Louise Labé. La célèbre poétesse lyonnaise y est représentée en compagnie du poète Maurice Sève.

  • Côté Croix-Rousse : le buste de Louis Pradel représente l’ancien maire ainsi qu’un lion surmonté de fleurs de lys. Cette sculpture a été offerte à la Ville par l’artiste pour la remercier de sa commande.

  • Dans le prolongement de la rue de la République : « Le Soleil ». Cette fontaine est surmontée d’un disque sur lequel on peut lire l’un des vers les plus célèbres de Louise Labé : « Permets m’amour penser quelque folie… ». A l’origine, on pouvait voir à la base de ce disque un petit radeau occupé par des jeunes filles pour lesquelles les filles de l’artiste ont prêté leurs traits. Cet élément sera malheureusement volé en 2000.

Nous pouvons également mentionner une cinquième sculpture, réalisée non pas par Ipousteguy mais par César et que l’on peut voir sur la Place Tolozan à proximité immédiate de la place Louis Pradel : Le Patineur.

 

Dédicace

La décision de dédicacer la place au maire Louis Pradel intervient en septembre 1977, près d’un an après sa mort. Son successeur, Francisque Collomb, souhaitait rendre hommage à ce maire bâtisseur qui a modelé le visage du Lyon que l’on connait aujourd’hui. En effet, on doit à Louis Pradel de nombreuses constructions et des projets de quartiers entiers :

  • La Part-Dieu : le centre commercial, l’auditorium, la Bibliothèque Municipale…
  • Le Musée Gallo-Romain
  • Les Nouvelles Halles de Lyon, également dans le quartier Part-Dieu
  • Le quartier de la Duchère
  • Le centre d’échange de Perrache
  • Le tunnel de Fourvière
  • Le métro…

Cette liste n’est pas exhaustive et ne représente qu’une partie des grands chantiers réalisés par Louis Pradel.

Si Louis Pradel, « l’amoureux du béton », a su donner à la ville un élan de modernité, on lui reproche, a contrario, de ne pas avoir su protéger son patrimoine. En effet, sous ses différents mandats, des morceaux entiers de l’histoire de Lyon ont disparus, notamment les anciennes Halles de Lyon situées aux Cordeliers, une partie de la rue Mercière ou encore la façade XIXème de la gare masquée par le centre d’échange. Fort heureusement, d’autres en ont réchappés. Le plus bel exemple de sauvetage est sans aucun doute celui du quartier du Vieux-Lyon : un projet de construction de bretelle d’autoroute menace de destruction toute une partie du quartier située près de la cathédrale Saint-Jean et du Palais de Justice. Face à la volonté des habitants et d’associations, le projet ne verra jamais le jour et le quartier bénéficiera par la suite d’une grande réhabilitation pour devenir celui que l’on connait aujourd’hui.


Sources
Julien Defillon, La place Louis Pradel : de l'ancienne rue Puits-Gaillot à la première phase de la nouvelle place, Bulletin municipal – Lyon, 21 avril 2014 et 28 avril 2014
Charles Delfante, Places de Lyon, Lyon,  Editions Stéphane Bacchès, 2009.