L'Eglise Saint-Nizier

L’église Saint-Nizier, située au cœur de la Presqu’ile, est l’une des églises les plus anciennes de Lyon si l’on en croit la légende. Saint-Nizier, évêque de Lyon de 553 à 573, aurait selon son neveu Grégoire de Tours été enterré dans cette église qui fut placée sous son vocable après la naissance d’un véritable culte autour de son tombeau. Les origines de cette église sont mal connues, tout comme les débuts du chantier de construction. S’il fut commencé sans doute vers la fin du XIVème siècle, il faudra attendre le XIXème siècle pour que l'église Saint-Nizier ne soit réellement achevée. La présence de deux tours en fait un édifice unique à Lyon.

 

Aux origines de l'église Saint-Nizier

Les origines de l’église Saint-Nizier nous font remonter aux premiers temps du christianisme et c’est plutôt la tradition que les certitudes historiques qui nous les rapportent.

Une première légende fait de son emplacement le premier sanctuaire marial qui aurait été édifié par Saint-Pothin. Une seconde est liée à la vague de persécutions qu’ont subi les chrétiens à Lyon en 177. L’évêque Grégoire de Tours est le premier à nous la mentionner : ces chrétiens martyrs, à leur mort, auraient vu leur corps exposés durant six jours, brûlés et leurs cendres dispersées ou jetées dans le Rhône. Selon l’évêque, les martyrs apparurent à des chrétiens et leurs demandèrent de récupérer leurs cendres. Celles-ci furent alors déposées sous un autel lui-même abrité par une église, peut être Saint-Nizier. La tradition, évoquée notamment au IXème siècle par Adon de Vienne, voudrait que ce soit Saint-Eucher qui soit à l’origine de la construction de cette église qui est désignée sous le nom d’ « Eglise des Saints-Apôtres et des 48 martyrs ».

Grégoire de Tours nous mentionne également que son oncle, l’évêque Nizier, est enterré dans cette église aux côtés des Saints Rusticus, Viventiolus, Sacerdos et Priscus ainsi que l’évêque d’Arles.  Des miracles ont lieu sur son tombeau, ce qui a donné lieu à un culte dédié à Saint-Nizier. Durant les VIème et VIIème siècle, les évêques de la ville se font enterrer dans cette église. La présence des tombes des évêques est un des éléments venant étayer l’hypothèse de la présence d’un groupe cathédral à cet endroit.

D’autres sources permettent d’alimenter l’histoire de l’église primitive : le Martyrologue d’Adon, à l’époque Carolingienne, mentionne la basilique des Martyrs et l’église des Saints-Apôtres ainsi que des textes datés du bas Moyen-Âge qui font le lien entre l’église des Saints-Apôtres et Saint-Nizier. Mais l’absence de fouilles archéologiques ne permet pas de confirmer ces dires et nous n’avons à ce jour aucune information quant aux caractéristiques de l’édifice.

On sait cependant que sous Léidrade, à la fin du VIIIème siècle-début du IXème siècle, l’église, qui a été mise à mal par les Sarrasins, est reconstruite. Il nous en laisse un témoignage dans sa lettre à Charlemagne où il indique avoir restauré Saint-Jean, Saint-Etienne et « reconstruit à nouveau » Saint-Nizier. On sait, d’après ce document, qu’à cette date l’église est organisée autour d’une abbaye canoniale. A la différence des abbayes monacales, les religieux des abbayes canoniales ne pas soumis au vœu de pauvreté.

En 1251-1252, les chanoines de l’église obtiennent du Pape Innocent IV une bulle qui déclare que la cathédrale primitive ainsi qu’un premier autel dédié à la Vierge datant de Saint-Pothin, se situait à l’emplacement de l’église actuelle. A cette date, l’abbaye, qui, comme nous l’avons dit n’était pas soumise au vœu de pauvreté, a accumulé de nombreuses richesses, ce qui va provoquer la colère des Vaudois qui l’incendient en 1253.

 

La construction de l’église Saint-Nizier

Si on ne sait que peu de choses sur la première église, que ce soit son plan ou sa localisation, on peut en revanche dater le début de l’histoire de l’église d’aujourd’hui au début du XIVème siècle. Le 25 mars 1306, l’archevêque de Lyon Louis de Villars fait de Saint-Nizier une collégiale et y installe un chapitre de 16 chanoines qui aura la charge de la paroisse de la Presqu’ile. Son cloître est situé au sud de l’église, jusqu’à la rue de la Poulaillerie. Cette fondation est confirmée en 1308 à la demande du chapitre Saint-Jean qui souhait y être associé. Lors de la cérémonie de confirmation, les tombes des évêques des 6ème et 7ème siècles sont reconnues.

La reconstruction de l’église à partir de la fin du XIVème siècle

L’état de vétusté de l’église existante entraine une série de travaux de reconstruction. La date de commencement des travaux est incertaine et le déroulement du chantier est mal connu. Même si l’on suppose que le chantier débute vers la fin du XIVème siècle, aucun document ne vient confirmer cette hypothèse.

On sait cependant que le 15 octobre 1434, le Consulat autorise la construction, à ses frais, d’un nouveau clocher (l’actuelle tour Nord) pour remplacer l’ancien clocher porche, et en 1452, le chapitre de la cathédrale Saint-Jean autorise les chanoines de Saint-Nizier à extraire de Fourvière des pierres calcaires (le choins) destinées aux fondations de ce clocher que l’on peut encore voir aujourd’hui. Sa construction durera plus de 30 ans, de 1450 à 1481, date à laquelle l’ancien clocher est détruit. Il fera office de beffroi à la ville.

En parallèle de l’édification du clocher, la nef est reconstruite puis se sont les premières chapelles latérales, celles correspondant aux trois premières travées construites de la nef. Au cours du XVIème siècle, la nef est prolongée et couverte pour partie, ainsi que le chœur.  La décision de construire un portail est prise en 1538.

En 1562, lorsque le Baron des Adrets, accompagné des troupes protestantes entre dans la ville et la saccage, l’église Saint-Nizier n’est pas terminée et, comme de nombreuses églises à Lyon, elle subit les foudres des pillards : l’église est très endommagée,  les tombeaux et les restes de évêques, dont Saint-Nizier, saccagés.

En 1578, l’architecte Jean Vallet est chargé de reprendre la construction de l’église selon les plans d’origine. L’année suivante, la première pierre du portail, celui que l’on peut voir aujourd’hui, est posée. Il sera terminé en 1590, en même temps que le bas-côté sud. Quant à la tour sud, si les travaux ont bien commencés, elle reste inachevée, tout comme la façade renaissance et ne sera terminée qu’au XIXème siècle.

Jean Vallet sera sans doute également à l’origine de la façade Renaissance que l’on connaît aujourd’hui, même si celle-ci a longtemps été attribuée à Philibert de l’Orme.

La série de travaux du XIXème siècle

La Révolution et le siège de Lyon qui s’en suivit ont causé de nombreux dégâts à l'église Saint-Nizier. En 1793, lors du siège par les armées de la Convention, la ville est bombardée : la toiture et le clocher de l’église sont touchés et l’église est également vidée de son mobilier. L’église est fermée au culte et servira par la suite de dépôt de farine. En 1796 un projet est avancé qui prévoit de démolir le chevet afin de transformer Saint-Nizier en passage couvert où les chapelles latérales accueilleraient des boutiques. Ce projet ne verra pas le jour et l’église sera rendue au culte en 1802.

L’état de délabrement dont souffre l'église Saint-Nizier va entrainer, au cours du XIXème siècle, un vaste programme de restauration. Cela commence dès 1797-1798, date à laquelle le cimetière et les constructions qui se trouvent au chevet de l’église sont supprimés afin de créer une place publique.

Dans un premier temps, de nouveaux bâtiments seront construits. C’est l’architecte Louis Cécile Flacheron, architecte de la ville, qui est chargé des plans : il prévoit d’édifier au niveau du chevet de l’église un ensemble gothique qui abritera une sacristie et des boutiques qui fourniront à la paroisse des revenus supplémentaires. La sacristie est terminée en 1819 et les boutiques construites en 1824 sous la responsabilité de Bernard Seitz, architecte de la ville.

Entre 1825 et 1839, c’est l’architecte Jean-Marie Pollet, qui est notamment intervenu à la Charité et à l’Opéra, qui est chargé de suivre le chantier de restauration et plus particulièrement l’intérieur : chapelles latérales, décors intérieurs, restauration du mobilier, création d’une communication entre le chœur et la crypte située en dessous. Il projette également la restauration et l’achèvement de la façade, mais le chantier est stoppé à la mort de l’architecte.

A partir de 1846, le chantier est placé sous la responsabilité de Claude-Anthelme Benoit. En 1846, la décision est prise de percer la rue Centrale, l’actuelle rue de Brest, afin de relier la place des Terreaux et la place Bellecour et de créer une place devant l’église. Cette décision relance le chantier de construction de la façade. C’est la municipalité, face au désintérêt montré par la Commission des Travaux Historiques concernant la façade de Saint-Nizier, qui finance les travaux d’achèvement : réfection du sommet et surélévation de la flèche de la tour Nord ; le clocher sud, inachevé, est surmonté d’une flèche en pierre et terminé en 1856 ; en 1859 la Vierge que l’on peut voir au sommet du fronton de la façade est installée.

Durant la seconde moitié du XIXème siècle, des vitraux sont posés dont certains sont réalisés par Lucien Bégule. En 1893-1894, les deux flèches sont réparées.

En 1883-1884, la crypte mérovingienne disparait définitivement au profit d’une nouvelle crypte faisant office d’église souterraine.

 

Descriptif architectural de l’église actuelle

L’église, entièrement construite en blocs de calcaire, mesure 74 mètres de long sur 28 mètres de large pour une hauteur de 29 mètres. Elle est classée Monument Historique en 1840.

Extérieurs

L’élément le plus caractéristique de l’église Saint-Nizier est à la présence de ces deux tours, unique à Lyon, asymétriques. La première, à gauche est datée du XVème siècle. Elle est surmontée d’une toiture de tuile rouge et possède une horloge dont on peut voir les deux cloches. La seconde, à droite, est datée du XIXème siècle. Légèrement plus haute que la première, elle est dominée par une flèche sculptée dans le calcaire et décorée d’une rosace qui fait écho à l’horloge de la tour Nord.

Ces deux tours encadrent l’imposant portail de style Renaissance, longtemps attribué à Philibert de l’Orme, mais sans doute l’œuvre de Jean Vallet. Au centre se trouve la grande porte avec au-dessus une inscription latine signifiant : « dans son temple tous proclament sa gloire ». Elle est entourée de part et d’autre par deux colonnes et une niche, vide, mais qui, à l’origine était destinée à recevoir une statue. Les deux textes en latin que l’on peut voir à la base de chacune des niches retracent pour l’un la remise des dix commandements à Moïse (gauche) pour l’autre la parable des mauvais vignerons (droite).

Cet ensemble est dominé par la voûte en cul de four qui participe à définir l’identité visuelle de Saint-Nizier. Elle est ornée d’un décor caissonné de chérubins et de roses avec en clé Dieu le Père. Au-dessus de la voûte se trouve un fronton de style néogothique portant 4 statues : Saint-Nizier en bas, puis, en remontant,  Sainte-Anne (à gauche) et Saint-Joachim (à droite), les trois étant réalisées par le sculpteur Joseph-Hugues Fabish, et enfin au sommet, la Vierge portant l’enfant Jésus bénissant, sculptée par Jean-Marie Bonnassieux. Dans la partie centrale du fronton, on peut voir une baie ouvrant sur la nef et une fenêtre géminée ajourée.

Notons également la présence des arcs boutants, caractéristiques de l’architecture gothique, sur chacune des façades latérales et que l’on peut facilement admirer en longeant la rue de la Fromagerie. Quant au chevet, il continue d’accueillir une activité commerciale, aujourd’hui un fleuriste.

La nef et les chapelles latérales

La nef principale de l’église actuelle est divisée en six travées et bordée sur ses bas cotés (ou nefs latérales) de neuf chapelles. On retrouve également une chapelle de chaque côté du transept et de part et d’autre du chœur.


La nef principale

La nef principale est divisée en six travées dont les clés de voûtes sont sculptées des armoiries des donateurs. On peut également y admirer un très beau triforium. Au-dessus de la porte se trouve l’orgue de l’église style gothique et réalisé en 1885 par le facteur Joseph Merklin.


La nef latérale sud (à droite lorsque l’on rentre dans l’église)

Le bas-côté sud est bordé de quatre chapelles :

  • la chapelle Sainte Philomène où l’on trouve, outre une représentation du baptême du Christ et de Sainte Philomène, un vitrail et une statue du curé d’Ars. A noter que la petite partie au sommet du vitrail où l’on peut voir les clés de Saint-Nizier est l’unique vestige des vitraux existant avant la Révolution,

  • la chapelle Sainte Catherine, dont l’iconographie met en scène des épisodes de la vie de la Sainte,

  • la chapelle Saint Joseph avec un autel représentant la Sainte Famille, et des représentations de l’épisode de la fuite en Egypte,

  • la chapelle Sainte Elisabeth, où l’on peut voir notamment la console du grand orgue de l’église.

 

Nef latérale nord (à gauche lorsque l’on rentre dans l’église)

Cinq chapelles longent le bas-côté-Nord :

  • les fonds baptismaux avec un bas-relief représentant la descente du Saint-Esprit dans l’âme de l’enfant baptisé,

  • la chapelle des Saints Anges, et son autel de marbre blanc. Le vitrail figure le Christ au désert servi par les Anges,

  • la chapelle Saint Louis de Gonzague : l’autel est de style néogothique, et les vitraux représentent différents épisodes de la vie du Saint,

  • la chapelle Saint François de Salle dont les vitraux mettent en scène la vie du Saint. C’est dans cette chapelle que repose Barthélémy Buyer, célèbre imprimeur lyonnais,

  • la chapelle Sainte Trinité, où l’on peut y voir un très bel autel de marbre blanc et un retable sculpté. C’est dans cette chapelle que se réunissait la Confrérie du même nom, l’une des plus anciennes de Lyon et qui comptait parmi ses membres de grandes figures locales, notamment les échevins de la ville. Les vitraux, de Lucien Bégule, mettent en scène cette Confrérie.

Le chœur et le transept

Le transept

Chacun des bras du transept est prolongé par une chapelle :

  • au sud : la chapelle Notre Dame des Grâces où l’on peut admirer le chef d’œuvre réalisé par le sculpteur Antoine de Coysevox. La statue Notre Dame des Grâces, de style baroque, est réalisée à la fin du XVIIème siècle. A l’origine prévue pour l’angle de l’immeuble d’habitation du sculpteur, ce qui explique les deux directions de regards de la Vierge et de l’enfant, elle a été acquise par la Confrérie de Notre Dame des Grâces en 1771 et placée dans l’église cette même année. Cette Vierge à l’Enfant va devenir pour les lyonnais un véritable objet de dévotion. La statue est classée Monument Historique depuis 1904. A noter que c’est dans cette chapelle que repose Pauline Jaricot, fondatrice de l'œuvre catholique de la Propagation de la foi.

  • au Nord : la chapelle Saint-Pothin avec la statue en marbre du Saint sculptée par Joseph Chinard au début du  XIXème siècle.

 

Le chœur
Le maître autel que l’on voit aujourd’hui possédait à l’origine un retable supprimé après le Concile de Vatican II afin que les célébrations puissent se faire en face des fidèles.
L’abside possède, à l’instar de la nef, son triforium. Deux chapelles absidiales sont accolées de chaque côté :
  • la chapelle sainte Marie Madeleine au sud et son autel de style baroque,

  • la chapelle du sacré cœur au nord avec un autel et un retable sculptés en marbre. Le retable illustre des épisodes de la vie de Jésus et le bas-relief de l’autel représente la Cène.

La crypte

Sous le maître autel, au niveau de la croisée du transept se trouve une crypte dont la configuration actuelle date de 1883. Les origines de cette crypte sont liées à la tradition entourant l’église. Innocent IV, dans sa bulle de 1251-1252, en fait le lieu d’implantation de l’oratoire dédié à la Vierge édifié par Saint-Pothin. C’est à cet emplacement qu’auraient également été déposées les cendres des premiers martyrs chrétiens. Encore une fois, aucune preuve historique ne vient corroborer la légende. En revanche, on sait qu’en 1308, date de la confirmation de la fondation du chapitre de Saint-Nizier par l’archevêque Louis de Villars, la crypte accueillait les tombeaux des évêques de la ville. Lors des travaux réalisés à la fin du XIXème siècle, des vestiges y ont été découverts : urnes, fragments de tombeaux notamment.

Jusqu’en 1883, la crypte constituait la partie la plus ancienne de l’église. Mais à cette époque, les travaux ont totalement fait disparaître la crypte d’origine conçue sur un plan en croix grecque. Elle possède aujourd’hui un plan rectangulaire et des décors de mosaïques réalisés par Ennemond Mora, d’après les modèles du peintre Gaspard Poncet. Elle est inaugurée le 15 août 1884.

 


Cahiers des Amis de l'église Saint-Nizier de Lyon.
Nicolas REVEYRON, Chantiers lyonnais du Moyen Âge (Saint-Jean, Saint-Nizier, Saint-Paul) Archéologie et histoire de l’art, ALPARA, Lyon, 2005.