Rue Mercière

La rue Mercière, qui est une des plus anciennes de la Presqu'Ile, est aujourd’hui connue pour ses restaurants. Son emplacement stratégique a fait d’elle, dès ses débuts, l’artère principale de la ville. Son histoire est intimement liée à celle de l’imprimerie à Lyon au XVIème siècle. Déclinant en même temps que cette activité, la rue est peu à peu laissée à l’abandon avant de connaître une politique de restauration qui lui permettra de redevenir une des rues les plus connues de Lyon.

 

De la fondation au XVIème siècle

Etymologiquement, la rue Mercière signifie « Rue des Marchands ». Elle constitue l’une des rues les plus anciennes de Lyon. Le site, à l’époque Gallo-Romaine, était déjà occupé, comme en attestent les vestiges, par une voie et une maison gallo-romaine retrouvées lors d’une campagne de fouilles.

A l’origine, la rue Mercière traverse la Presqu’ile dans toute sa largeur créant ainsi une liaison entre le Pont du Rhône, situé à proximité de l’actuelle Pont de la Guillotière, et le Pont du Change sur la Saône qui se situait au niveau de l’actuelle Eglise Saint-Nizier, via la place Confort, aujourd’hui place des Jacobins. Dès le XIIIème siècle, elle est considérée comme l’axe principal de la Presqu’ile et ce jusqu’au percement de la rue Centrale (actuelle rue de Brest) au XIXème siècle. Au début du XIVème siècle, le Consulat de Lyon choisit le quartier Mercière pour y tenir ses réunions, plus précisément dans l’église Saint-Jacquême, à l’extrémité Nord de la rue Mercière, vers l’actuelle place Saint-Nizier.

Durant la première moitié du XVème siècle la configuration de la rue change : jugée trop longue, elle est divisée en trois parties :

  • Du pont du Change jusqu’à la place Confort, la rue garde son nom.
  • De la place Confort jusqu’à la rue du Puits Pelu (ancienne rue dont on retrouve une partie du tracé dans le rue du Palais Grillet), elle devient le rue Confort, que l’on peut voir sur le plan scénographique de 1550.
  • La partie restante, qui rejoint le pont du Rhône prend le nom de rue Serpillère.

La fin du XVème siècle va également marquer le début d’une période faste pour la rue Mercière : la mise en place des foires annuelles à Lyon va notamment attirer les artisans d’art qui vont pouvoir diffuser leurs œuvres lors des foires : parcheminiers, cartiers, peintres, dominotiers, mais également les professions du livre : libraires et surtout imprimeurs qui vont faire la renommée de la rue Mercière. Le XVIème siècle sera pour la rue Mercière, le siècle des imprimeurs.

 

La rue Mercière et l’imprimerie

Durant tout le XVIème siècle, l’imprimerie constitue une part importante de l’activité lyonnaise. Le déroulement des foires annuelles permet aux imprimeurs de diffuser largement leurs œuvres. Lyon tient alors une place majeure dans ce domaine à un niveau européen. Au début du XVIème siècle, la ville compte 181 ateliers d’imprimeurs, ce qui en fait le troisième centre d’édition en Europe, après Venise et Paris. Un grand nombre est regroupé dans la rue Mercière et ses rues alentour. Cette concentration est voulue par la police qui peut ainsi exercer une surveillance accrue sur l’activité des ateliers.

En 1472, Barthélémy Buyer ouvre le premier atelier d’imprimerie à Lyon d’où sort le premier livre imprimé à Lyon, achevé le 17 septembre 1473. S’il est effectivement édité dans l’atelier de Barthélémy Buyer, il est surtout le fruit du travail de Guillaume Leroy, typographe qui travaille avec Buyer.



Il s’agit d’un recueil de textes religieux destiné au Cardinal Diacre Lothaire de Conti, futur Pape Innocent III : le « Compendium Breve ». C’est également dans cet atelier qu’est édité en 1476, le premier livre en français, une traduction de la légende Dorée de Jacques de Voragine.

De grands noms de l’imprimerie lyonnaise sont installés rue Mercière, notamment :

  • Sébastien Gryphe, au 88 rue Mercière.
  • Etienne Dolet, au 56 rue Mercière, qui se forme chez Sébastien Gryphe.
  • Jean Pillehotte, imprimeur de la Ligue Catholique à Lyon, imprimeur ordinaire de la ville, administrateur de l’Hôtel Dieu, échevin. Il est installé à l’angle de la rue Ferrandière sous l’enseigne « Nom de la Trinité ».
  • Horace Cardon : installé au 68 rue Mercière, échevin de la ville.

Malgré une activité florissante, à la seconde moitié du XVIème siècle l’activité de l’imprimerie va entamer son déclin entrainant celui de la rue Mercière. Dès le fin du XVIème siècle, l’étroitesse et l’encombrement de la rue commencent à poser problème, bien qu’elle soit toujours considérée comme l’artère principale de la ville jusqu’au XVIIIème siècle. A voir : le passage des imprimeurs au 56 rue Mercière.

 

La rue Mercière du XIXème et XXème siècles : déclin et renouveau

La rue Mercière a donc besoin d’être désengorgée. Un projet de création d’une nouvelle rue est alors avancé : percer une rue parallèle, la Rue Centrale, actuelle rue de Brest. L’idée est proposée une première fois en 1764 mais le projet ne sera réellement étudié qu’en 1845. La rue Centrale sera ouverte à la circulation en 1850.

Cette nouvelle rue connaîtra un grand succès, au détriment de la rue Mercière : la population va se détourner de la rue historique pour se tourner vers la rue Centrale. Le percement de la rue Impériale (actuelle rue de la République) et de la rue de l’Impératrice (actuelle rue Edouard Herriot) va accentuer ce phénomène. Les commerçants, en manque de clientèle, quittent la rue qui va devenir peu à peu insalubre. La rue Mercière va alors souffrir d’une réputation sulfureuse en devenant la rue des prostituées jusque dans les années 1980. C’est d’ailleurs de là que va partir en 1975 le mouvement des prostituées visant à protester contre la politique de répression qu’elles subissaient et  qui se terminera par l’occupation de l’Eglise Saint-Nizier.

Un premier projet de rénovation est avancé en 1909 sans voir le jour. Le second, en 1925, objet d’un concours de la SEL, propose de détruire la rue pour y implanter un ensemble d’immeubles dominés par une tour de 50 étages. Ce projet est toujours d’actualité en 1960 et n’est pas sans rappeler celui prévu pour le Vieux Lyon. Et tout comme dans le Vieux Lyon, les habitants ainsi que quelques personnalités s’y opposent. Ils sollicitent alors le Ministre André Malraux qui accorde l’inscription des quais, ponts et immeubles côté Saône aux sites protégés, empêchant ainsi la destruction d’une partie de la rue.

Cependant, une partie des immeubles étant en mauvais état, il est décidé que la partie Nord de la rue, comprise entre la place d’Albon et la rue Grenette, serait détruite à condition que les nouvelles constructions prévues en remplacement respectent le caractère traditionnel du quartier. La partie sud, de la rue Grenette à la rue de l’ancienne préfecture, bénéficierait d’une conservation partielle de ses immeubles : ceux compris entre la rue Grenette et le 58 rue Mercière, inscrits à l’inventaire sont conservés. L’ensemble compris entre la rue de la Monnaie et la rue de l’Ancienne Préfecture sera détruit à l’exception des constructions XIXème de la rue de l’Ancienne Préfecture. Dans cet ensemble voué à la destruction, le n°68, ancienne maison d’Horace Cardon, a été sauvé de justesse et inscrit à l’inventaire le 15 octobre 1979.

Aujourd’hui devenue piétonne, cette rue est surtout connue pour ses nombreux restaurants. En 1974, le Bistrot de Lyon s’installe rue Mercière, alors même que la rue souffre d’une mauvaise réputation. Il ouvre ainsi la voie à d’autres permettant aujourd’hui à la rue Mercière de posséder une toute autre renommée auprès des touristes : celle de la gastronomie lyonnaise.

 


Sources :
Patrice Béghain, Bruno Benoît, Gérard Corneloup et Bruno Thévenon (coord.), Dictionnaire historique de Lyon, Lyon, Stéphane Bachès,‎ 2009
Anne ZANDER, La rue Mercière à Lyon, histoire urbaine et sociale du XVe siècle à nos jours, Lyon, 1993
Aimé VINGTRINIER , Histoire de l'imprimerie à Lyon, de l'origine jusqu'à nos jours, 1894