La Rue de la République

La rue de la République est la voie principale de la Presqu'Ile. Elle relie la place de la Comédie au nord à la place Le Viste au sud (attenante à la place Bellecour). Elle a été percée sous le nom de rue Impériale il y a peu de temps, puisque sous le Second Empire. Elle a été conçue par l'architecte Benoît Poncet (1806-1881), avec la participation de René Dardel à qui l'on doit le Palais du Commerce construit de 1855 et 1862.

La « rue de la Ré » est située à la fois dans le 1er et le 2e arrondissement de Lyon. C’est une des voies les plus fréquentées : elle est bordée de beaux immeubles du XIX ième siècle de 4 à 5 étages aux façades richement décorées (chapiteaux, têtes, balcons et ferronneries, portes d’entrées en bois, impostes,  …) avec de nombreux commerces en rez-de-chaussée.  Elle se divise en une partie circulante au nord, domaine privilégié des banques, et une grande partie piétonne au sud, plutôt riche de commerces.

 

Historique

En arrivant au pouvoir, le Second Empire trouve le pays embourbé dans une profonde crise sociale et économique. Il perçoit la nécessité et l’urgence de grands changements et il a la volonté politique de les réaliser : il peut même se définir comme un volontarisme politique en action. Son mot d’ordre est double, marquant la rupture avec les décennies précédentes : faire, et faire vite. Il choisit d’intervenir en priorité sur l’urbanisme, en faisant même un de ses domaines privilégiés d’action.

Lyon est un laboratoire de sa nouvelle politique. Sans attendre, l’Empire déploie de nouveaux moyens. Il prend le contrôle de tous les secteurs de la vie publique, économique et sociale. Il adapte et complète les dispositions législatives et administratives en vigueur, il reprend des projets antérieurs avec des moyens plus puissants, avec l’intention bien arrêtée de les faire aboutir, quitte à bousculer des situations assises. Il fait confiance à d’importants acteurs du régime qu’il a remplacé (tels Dardel, architecte de la Ville de Lyon de 1831 à 1853), il s’appuie sur des organismes existants, qu’il trouve déjà en place, tels que la Société Académique d’Architecture de Lyon (créée en 1830).
Le nouveau pouvoir entreprend de faire une démonstration de ses capacités en créant un cadre urbain profondément innovant :

  • des voies publiques larges et rectilignes,
  • de vastes places,
  • des jardins et des pièces d’eau,
  • des effets de perspective,
  • le tout, structuré par des bâtiments publics,
  • et le tout, inséré de force dans le tissu urbain traditionnel.

Le nouveau pouvoir conçoit la rue de la République, dénommée à l’origine rue Impériale, pour être l’exemple et le modèle d’un nouvel ordre urbain, mais aussi une « locomotive » pour entraîner la rénovation de toute la Presqu’île et le siège d’un habitat de qualité, destiné aux privilégiés du régime.
Cet urbanisme n’a pas surgi de rien : en fait, le cadre s’était mis en place dans les années qui avaient précédé le Second Empire :

  • 1841 : loi sur l’expropriation pour cause d’Utilité publique,
  • 1843 : approbation du plan général d’alignement de Cassini pour le secteur situé au nord de la rue Grenette,
  • 1845 : plan général d’alignement du Centre, élaboré sous la conduite de René Dardel,
  • 1845 : premier projet de tracé de la rue Centrale (noter le nom) par Jean-Amédée Savoye, reprenant une idée de Morand.
  • 1853 : tout était prêt pour les grands changements en préparation.

Un acteur important a accompagné ces bouleversements : la Société Académique d’Architecture de Lyon (SAAL). Elle a été fondée en 1830 ; la plupart des architectes lyonnais de l’époque en ont été adhérents. Sous le Second Empire, elle a joué un rôle moteur dans la généralisation des nouvelles conceptions urbaines. En fait, ses membres n’étaient que trop heureux de saisir l’occasion de déployer leurs talents : après s’être heurtés pendant des décennies à d’innombrables obstacles administratifs, ils trouvaient enfin la voie libre. Dès lors, tout se met en place très rapidement.  
Le projet est arrêté dès 1853. Son principal moteur financier est constitué en 1854 : il s’agit de la Société de la rue Impériale, ayant vocation à aménager la future rue de la République, et au-delà l’ensemble de la Presqu’île.  
Dans le même temps, il est décidé de structurer la future rue par un bâtiment public : le projet du Palais de la Bourse est établi par Dardel et approuvé en 1854. Ces options reçoivent l’assentiment de la classe dirigeante, comme on peut en juger en lisant la Presse de l’époque et par le succès foudroyant de l’opération. Le bilan est en effet éloquent : les 14.000 actions de la société d’aménagement ont été vendues en 48 heures, puis de 1854 à 1865:

  • 289 maisons sont démolies,
  • 12.000 personnes sont relogées,
  • 32.410 m² habitables sont reconstruits,
  • un réseau d’égouts flambant neuf est créé ex nihilo.

Ainsi, en onze ans, le préfet Claude-Marius Vaïsse avait fait aboutir un projet sur lequel ses prédécesseurs avaient buté pendant un demi-siècle, apportant ainsi la preuve éclatante qu’il répondait à l’attente de la société de son temps. Ce n’était pas seulement un projet urbain, mais aussi une démonstration :

  • un projet architectural innovant et représentatif;
  • un montage financier audacieux et maîtrisé;
  • un triomphe de l’esprit hygiéniste;
  • un processus soutenu massivement par les décideurs (dont une grande partie des adhérents de la SAAL);
  • le tout illustrant un projet politique en train de s’élaborer.

La rénovation de la rue de la République apporte des modèles qui seront abondamment imités :

  • un paradigme urbanistique : la perspective rectiligne fermée par un monument ;
  • un paradigme architectural : le Palais du Commerce, construit en 1854 par Dardel. Le reste de la rue est de la même inspiration.


Architecture

L’architecture « vaïssienne » précède et préfigure l’architecture haussmannienne, quoique en moins luxueux. La parenté est nette :

  • les constructions sont de hauteurs homogènes,
  • les toitures sont systématiquement à la Mansard (à brisis et terrassons),
  • une place très importante est réservée aux locaux commerciaux,
  • Les façades sont ornées, parfois outrageusement; la pierre de taille n’est pas rare, les sculptures non plus; mais le souci d’homogénéité n’est jamais perdu de vue.Les sculpteurs déploient leur art dans le strict respect des exigences de l’architecture (qui elle-même respecte les exigences de l’urbanisme).

La décoration « vaïssienne » préfigure la décoration haussmannienne : ornementation abondante, recherche de l’ostentation. Les thèmes sont limités : présence d’un abondant bestiaire, en particulier, usage fréquent du thème du Lion. Elle mélange les styles « néo » : néogothique, « néorenaissance », néobaroque, …  c’est ce qu’on a nommé l’éclectisme.

Les éléments décoratifs sont conçus en fonction de l’effet d’ensemble : ainsi, les lambrequins et les balconnets sont conçus ensemble pour composer soigneusement les baies. L’objectif était de composer un nouveau centre pour Lyon, ce qui a été réussi : encore de nos jours, la rue de la République attire énormément de monde. Elle n’a pas été qu’un exemple d’un nouvel urbanisme : elle a pris le rôle de centre de Lyon.  
En outre, son percement a inspiré et entraîné beaucoup d’autres projets dont certains ont été réalisés:

  • la création des rues Edouard Herriot et de Brest, ses contemporaines,
  • un prolongement vers le sud, jusqu’à la place Carnot (1880),
  • un projet dans l’esprit des Gratte-ciels de Villeurbanne (Giroud, 1933),
  • un prolongement vers le nord et la colline de la Croix-Rousse (Tony Garnier, 1918),
  • un autre prolongement jusqu’à la Croix-Rousse (Chalumeau,1935),
  • un projet d’achèvement en conque (Lambert, 1942),
  • le creusement du métro et la piétonisation, dans les années 1970,
  • l’installation de la FNAC dans les années 1990, dans l’ancien siège du journal le Progrès,
  • la rénovation du grand magasin le Printemps, à la fin du XXe siècle,
  • la reconstruction du magasin Grand Bazar, au début du XXIe siècle, dans un style contemporain sans concession,
  • l’afflux d’établissements financiers, comme l’avait voulu Vaïsse (à ce jour il en existe vingt et un).

En résumé, l’opération voulue par Vaïsse a rencontré le succès dans tous les domaines, un succès qui se prolonge encore de nos jours. En constatant la rapidité avec laquelle elle a été conçue et mise en œuvre, on peut admirer la sûreté de jugement dont ont fait preuve ses auteurs. Quoi qu’on pense des motivations de cet urbanisme, il a apporté efficacement des solutions à une série de problèmes qui devenaient brûlants et il l’a fait en créant un cadre urbain de belle qualité.

 

Eléments à ne pas manquer

Au nord, la rue de la République donne sur la place de la Comédie où se situent deux monuments remarquables : l’Hôtel de Ville et l’Opéra.

La rue de la République ne traverse que deux places : celle du même nom et celle des Cordeliers avec le magnifique Palais du Commerce.

Presque à mi-parcours, la place de la République est située au croisement de la rue Childebert, de la rue Jean de Tournes, de la rue Stella, de la rue du Président Carnot et du passage de l'Argue. Elle a été construite en 1858, en même temps qui la rue Impériale. Cette belle et agréable place est désormais piétonne depuis la réhabilitation de l’architecte Alain Serfati en 1995 avec une belle pièce d'eau moderne et un parking en sous-sol.


Le Passage de l'Argue s'étend entre la rue de la République (niveau nord-ouest de la place éponyme) et la rue de Brest en coupant la rue Édouard Herriot, et à été construit de 1825 à 1828 par l'architecte Vincent Farge. C'est une magnifique suite de verrières et de commerces à façades et encadrements bois. Le nom Argue désigne à la fois l'outil à filer l'or et l'argent pour les tissus précieux et un atelier pour le filage des matières d'or et d'argent  qui se trouvait proche du passage.

 


Plus au sud en direction de la place Bellecour, ne manquez pas l’immeuble Art Déco « Pathé », datant de 1932, surmonté d’un coq, et l’ancien immeuble du Progrès établi dans l’ancien théâtre de Bellecour dont restent les cariatides à l’entrée et qui est occupé aujourd’hui par la FNAC Bellecour.

 


Sources :
Dominique Bertin & Nathalie Mathian
Lyon, silhouettes d’une ville recomposée – Editions Lyonnaises d’Art et d’Histoire – 2008
Patrice Beghain, Bruno Benoît, Gérard Corneloup, Bruno Thévenon :
Dictionnaire historique de Lyon - Editions Stéphane Bachès – 2009
Catherine Arlaud & Dominique Bertin -
De la rue Impériale à la rue de la République – Archives Municipales de Lyon - 1991