La Place Carnot

Les quartiers d’Ainay et de Perrache-Confluence sont séparés par les voies surélevées de la gare ferroviaire, les passages nommés les « voûtes », ainsi que par … l’autoroute. La place Carnot est située au niveau de cette séparation, au sud d’Ainay entre les restes du cours de Verdun et l’extrémité de la rue Victor Hugo. Y accèdent en alignement nord-sud les rues Auguste Comte et Henri IV, et en alignement est-ouest les rues de Condé, Duhamel et Général Plessier. Malgré l’échangeur autoroutier de Perrache voisin et la circulation automobile qui est du à ce dernier, la place Carnot est un agréable lieu permettant une halte après avoir parcouru la rue Victor Hugo piétonne.


La place fut dédiée en 1889 au général Lazare Nicolas Marguerite Carnot, grand père du président Sadi Carnot. Né en 1753 à Nolay en Bourgogne, il fut mathématicien, physicien (travaux sur la thermodynamique), général et homme politique. Lazare Carnot a participé à la création à Paris de la Société des Belles Lettres, a été membre de l’Académie des Sciences, et un des fondateurs de l’Ecole Polytechnique.  Il publia des ouvrages militaires, des œuvres scientifiques et littéraires. Il est mort en 1823 en exil à Magdebourg en Allemagne.

 

Histoire

Jusqu'au XVIIème siècle le confluent du Rhône et de la Saône se faisait au sud d'Ainay et le Rhône dessinait au delà plusieurs îles aux contours fluctuants au milieu d'une zone de marécages.

Le premier projet d'extension fut celui que Jules Hardouin Mansart fit parvenir au gouverneur de Lyon, François-Paul de Neufville,  Marquis de Villeroy, qui préconisait le comblement du bras du Rhône entre l'île Mogniat et la rive gauche. Cette île est acquise par le Consulat en 1735 ainsi que le domaine d 'Ainay au sud de l'enceinte en 1738 afin d'y installer des établissements tels que chantiers de bois ou teinturiers qui "incommodent" la ville.

En 1770 l'ingénieur Michel Antoine Perrache propose d'assécher les marécages et de repousser le confluent plus au sud au niveau de la Mulatière. La gare d'eau en demi-lune est comblée ainsi que les canaux et cette nouvelle presqu'île comprend trois secteurs : coté Saône l'île de la Verrerie au sud fréquemment inondée, au nord entre la Saône et le canal des Moulins une zone de jardins privés et entre le canal et le Rhône un secteur de terres agricoles avec une chaussée entièrement plantée bordant le fleuve jusqu'à la Mulatière. Un certain nombre d'édifices sont bâtis sur cette chaussée.

Au début du XIXème siècle, il est proposé à l'extrémité de la presqu'île une promenade ombragée reliant le Rhône à la Saône pour compléter les promenades existantes sur chaque rive des fleuves.

En 1805, lors de son passage à Lyon, Napoléon Bonaparte, séduit par le site, envisage d'y faire édifier une résidence impériale. Ces travaux nécessiteraient la construction d'une digue ainsi que le comblement des marais et canaux. Ces travaux démarrent en 1813 mais la chute de l'Empire stoppe tout ce projet.

En 1814 une polémique s'engage à propos des droits d'appartenance de ces terrains entre la ville  et la Compagnie des Travaux du Midi. En 1816 la ville obtient la rétrocession de la presqu'île et s'engage à la vendre par lot et à créer une grande place. Cette place ne sera véritablement aménagée que durant la Restauration.

Dénommée sous le premier Empire place des Victoires, sa dénomination évolue en fonctions des régimes politiques. Sous Charles X, elle est appelée place Louis XVI,  puis place Louis XVIII de 1821 à 1848, place de la Liberté sous la révolution de 1848,  place de la République de 1848 à 1849, place Napoléon de 1849 à 1871 et place Perrache de 1871 à 1889.

Le 18 février 1889, le nom de place Carnot lui est officiellement attribuée en l'honneur du général Lazare Nicolas Marguerite Carnot, grand père du président Sadi Carnot. Ce dernier  est venu la même année pour le centenaire de la république inaugurer la statue de la République, une allégorie de la Révolution, sise alors au centre de la place.

Il y avait alors un monument dédié à Napoléon 1er dont deux allégories en bronze, de hauteur 2,20 mètres, sculptées par Georges Diebolt qui figuraient "la force", sous les traits du dieu Mars et "la loi" figurée par la déesse Thémis. Ces deux allégories faisaient parti d'un monument équestre dédié à François 1er. Ces deux statues ont été déplacées au palais de justice des 24 colonnes.

 


Architecture

La plupart des immeubles qui entourent la place Carnot datent du XIXème siècle. Ils présentent quelques façades parmi les plus ornées de Lyon comme aux numéros 6 et 10 (porche sculpté), 11(tête d'hommes), 15 (balcons et ferronneries), 16 (deux cariatides sculptées par J. Brunel et des têtes de lions).

L'architecte Gaspard Georges a construit plusieurs immeubles sur la place, notamment ceux du numéro 6 (1857) et 15.

Sur le coté ouest le site de l'université catholique de Lyon  s'est installé en 2005 dans l'ancien bâtiment de la caserne dite caserne Bissuel, du nom de l'architecte qui la réalisa au cours du 2e quart du 19e siècle et qui fut occupé par l'armée de1839 à 2004. Cette caserne était composée de trois bâtiments parallèles reliés entre eux par de etits corps latéraux et un immeuble. Seule la façade donnant sur la place a été conservée.

La place Carnot a accueilli plusieurs statues :

Statue de Napoléon 1ER, jusqu’en 1870

En 1852, une imposante statue de l’empereur fut édifiée sur la place : bronze de 4,65 m sur un socle de marbre blanc d’Italie de 5,80 m. L’ensemble a été l’œuvre des architectes Manguin et Louvier, des sculpteurs Nieuwerkerke, Klagmann, Diebolt et Bie, et des fondeurs Eck et Durand. Elle représentait l’empereur en costume populaire arrêtant son cheval, la main sur le cœur. Elle fut renversée puis détruite en 1870, au moment de la chute de l’empire.

Statue de la République :

Dans la cadre du centenaire de la République de 1889, le conseiller municipal Bizet proposa d’élever une statue à Lyon rappelant celle de Paris du même nom. Le lieu choisi fut la place de Perrache. La statue en bronze fut réalisée en 1887 par Emile Edmond Peynot et représentait la République tenant de la main droite un lion et dans sa main gauche un rameau d'olivier, accompagnée de trois groupes statuaires.

En 1975 au moment du percement du métro A, la statue principale a été déplacée coté ouest et séparée des ses trois groupes statuaires. Les allégories de la Liberté, de l'Egalité, et de la Fraternité ont été transportées dans le parc Bazin à Lyon 3e.

La ville de Lyon :

En face de ce monument se trouve une autre statue qui est une allégorie de la ville de Lyon. C'est une femme dont la main gauche repose sur un écusson de la ville, portant dans sa main droite un glaive et à ses pieds un enfant qui semble tenir une navette. Cette statue était placée à la proue d'un navire.

La Voie sacrée :

C’est une borne coiffée d'un casque qui est la copie des bornes qui jalonnaient la vraie Voie Sacrée nationale, route stratégique qui ravitaillait le champ de bataille de Verdun, en vivres, en matériel et … en chair à canon, depuis Bar-le-Duc. Cette sculpture est l'oeuvre de Paul Moreau-Vauthier et fut offerte à Edouard Herriot par le maire de Verdun.

 

La place Carnot aujourd’hui

Cette place s'ouvrait jusqu'en 1976 sur le cours de Verdun belle artère ombragée qui servait de lieu de promenade mais aussi de manifestation (le cirque Rancy se tenait là chaque année). Elle est désormais bien contrainte par l’échangeur routier de Perrache et l’autoroute qui traverse la Presqu’Ile. Elle garde néanmoins par ses beaux immeubles, ses cafés vivants, sa verdure et ses animations un caractère sympathique.

Aux niveaux de ces animations, il est à noter que sur cette place se tient chaque mois de décembre un marché de Noël, version touristique et moderne. De plus, tous les dimanches de l'année, sur le côté ouest de la place, à lieu le marché aux chiens et aux chats. Et aussi, chaque  mercredi après-midi un marché de  producteurs régionaux proposant fruits et légumes, fromages. ...


Bibliographie :

A.Pelletier, J.Rossiaud, Fr.Bayard, P.Cayez : Histoire de Lyon, des origines à nos jours - Editions Lyonnaises - 2007
Dominique Bertin, Nathalie Mathian : Lyon, Silhouettes d’une ville recomposée - Editions Lyonnaises - 2008
Nicolas Jacquet : Façades Lyonnaises - Editions Les Beaux Jours - 2008
Patrice Béghain, Michel Kneubühler : La Perte et la Mémoire - Editions Fage - 2015
http://ruesdelyon.monsiteperso.net