Passage Thiaffait

Au cœur des pentes de la Croix-Rousse, se trouve le passage Thiaffait. Les cheminements qui font communiquer la base de la colline avec son sommet sont peu nombreux : celui-là en est un, de belle facture. Par sa position et son état, il paraissait tout indiqué pour devenir une « locomotive » de la restauration du quartier.


De la rue René Leynaud, en passant sous un porche, on accède de plain pied à une longue cour rectangulaire bordée d’immeubles typiquement croix-roussiens, hauts de cinq étages. Les rez de chaussée sont aujourd’hui occupés par des boutiques de mode : c’est le Village des Créateurs, centre névralgique du commerce de la mode vestimentaire dans le premier arrondissement de Lyon et bien au-delà. Du côté de la colline, la cour se divise. De là, on peut rejoindre la rue Burdeau par deux escaliers divergents: le passage Thiaffait est une sorte de traboule à ciel ouvert.

Jusqu’à la Révolution, le passage n’existait pas. Son emplacement appartenait à diverses congrégations. Il a été vendu comme bien national au début du XIXe siècle, avec comme double objectif d’ouvrir un cheminement piétonnier vers le sommet de la colline et de créer de l’habitat mixte : dès l’origine la Collectivité avait posé le principe du mélange social. Le XXe siècle n’a fait que le réaffirmer.

 

Repères historiques :

  • 1826-27 : construction de la maison Thiaffait, puis, progressivement, des immeubles qui bordent actuellement le Passage.
  • Dans les décennies suivantes : l’ensemble est mis en copropriété.
  • A la fin du XIXe siècle, l’habitat antérieur au Second Empire qui se trouve dépourvu d’éléments de confort, entre en concurrence avec les immeubles haussmanniens. Il n’attire plus et se trouve dévalorisé dans l’esprit des Lyonnais. Les franges les plus aisées de la population le dédaignent et quittent la Croix-Rousse. Celle-ci en subit le contrecoup.
  • Au début de la première guerre mondiale, les loyers sont bloqués à un niveau très bas. L’entretien du bâti apparaît comme une dépense trop lourde, il est réduit au strict minimum.
  • Entre les deux guerres : le logement devient rare et donc cher. Dans le Passage Thiaffait, comme partout à la Croix-Rousse et comme dans le reste de la ville, l’habitat est en outre affecté par le surpeuplement.
  • Après la seconde guerre mondiale : la construction reprend vigoureusement. Le surpeuplement se résorbe. Mais ce sont les populations les plus aisées qui partent massivement. Abandonné par les franges les plus solvables de sa population, et de plus affecté par le déficit d’entretien, le bâti se dégrade. Parallèlement, le commerce de détail décline.

A la fin des années 1980, les pentes de la Croix-Rousse se trouvent dans un état de délabrement physique et social inquiétant qui ne cesse de s’aggraver. C’est alors que la décision politique de réagir est prise et que s’impose progressivement l’idée d’utiliser la revitalisation commerciale pour entraîner la rénovation de l’habitat. Dès lors, les deux processus (réhabilitation du bâti et réhabilitation commerciale) avancent en parallèle.

 

La restauration du bâti

Vers 1990, constatant l’insuffisance de l’initiative privée, la Collectivité décide de prendre l’initiative et de faire intervenir des organismes publics, tout en conservant la main sur l’opération. Sans attendre, la Communauté urbaine de Lyon a acquis 80% des lots de copropriété des immeubles. Elle les cède à l’OPAC du Grand Lyon.

  • L’ensemble du bâti se retrouve partagé entre l’OPAC (qui aménage 34 logements sociaux) et onze propriétaires privés. Il reste en outre 900 m² de locaux à vocation commerciale.
  • En avril 1993 : le levé d’état des lieux est exécuté par les géomètres Berthier et Charmasson ;
  • la conduite du projet est confiée à l’architecte Albert Constantin. Le projet de réhabilitation est élaboré en 1994. En 1995, le dossier de consultation est envoyé aux entreprises. Les travaux sont exécutés les années suivantes.
  • En 1998 est mis en place le cadre juridique: la Zone d’Aménagement Concerté multisite (ZAC des Pentes de la Croix-Rousse), accompagnée de diverses incitations financières à la réhabilitation du bâti. Les effets s’en font encore sentir.

Le projet de restauration du bâti s’est donc déroulé parallèlement au projet de revitalisation commerciale.

 

La création du Village de la Mode.

Dès le printemps 1994, la Chambre de Commerce et d’Industrie de Lyon avait proposé de créer un vaste espace dédié à la mode, mais elle avait proposé de le situer place des Terreaux. L’idée de positionner cet équipement dans le Passage Thiaffait a été avancée dès juin 1997 par un nouvel acteur apparu entre-temps : l’Institut Français de la Mode (IFM). Repris par la Collectivité dès septembre 1997, le principe a été réaffirmé dans une étude de faisabilité publiée en février 1998, puis, très vite, adopté par tous les acteurs concernés. La SERL, aménageur du quartier, s’y est ralliée en mars. Son rapport de synthèse (intitulé "étude de faisabilité", signé Lyse Dreyfus, août 1998) expose dans le détail le dispositif qui va être mis en place, y compris sur le plan financier : création de 900m² de locaux commerciaux et d’activités, village d’entreprises avec services communs, mise en coordination des efforts des institutions consulaires, mixité sociale dans les 46 logements, mise en valeur du circuit des traboules.

Au printemps 1998, la SERL lance un appel à candidatures, sur la base des principes suivants : "le Village des Créateurs, opération publique initiée par la Ville de Lyon, comportera des boutiques et des ateliers destinés en priorité à de jeunes créateurs de la mode textile". Les candidatures affluèrent, venues du monde entier (certaines venaient du Japon).

La publication par la SERL d’une étude pré-opérationnelle de restauration immobilière avec Déclaration d’Utilité Publique sur le secteur plus vaste du bas des Pentes (dans le cadre de la Zone de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager de Pentes de la Croix-Rousse) n’intervient que plus tard en 2002 mais vient à point pour renforcer l’action.