Montée, esplanade de la Grande Côte

Cette montée emblématique des "Pentes" est le plus ancien passage de la colline. Elle relie la rue des Pierres Plantées à l’esplanade de la Grande-Côte. Cette voie raide et longue s’est d’abord appelée grande-côte Saint-Sébastien, puis grande-côte de la Croix-Rousse au XVIème siècle, et enfin Grande-Côte. Vous pourrez découvrir dans sa partie centrale des maisons des XVIème et XVIIème siècles


HISTOIRE DE LA GRANDE-CÔTE

A Lyon lorsque l'on parle d'une rue en pente, on utilise le terme de "montée", sauf à la Croix Rousse où le mot "côte" est utilisé. Historiquement, trois portes contrôlaient l’accès à Lyon sur la colline et correspondaient à trois voies. A l’ouest, la porte Saint-Vincent correspondait avec la voie antique du Rhin devenue côte Saint-Vincent puis montée des Carmélites. Au centre, la porte Saint-Marcel était sur la montée principale appelée Grande-Côte Saint-Sébastien. A l’est, la porte du Griffon correspondait avec la montée Saint-Sébastien.

Jusqu’en 1750, et malgré la forte pente de la côte, ce seront la Grande-Rue et la Grande-Côte qui relieront comme artère principale Lyon à la Dombes, la Bresse, la Franche-Comté, l’Alsace et la Suisse.

Le plan scénographique de Lyon de 1550 montre déjà l’extension de la ville en direction de la Croix-Rousse en particulier le long de la Grande-Côte. Le reste de la colline correspond surtout à des vignobles, prenant de l’importance sur les cultures céréalières. A la fin du XVème siècle, la Croix-Rousse ressemble à une campagne au bord de la ville et permet aux cultivateurs de vendre leurs productions sur les marchés de la cité.

Avant la construction de toutes les maisons le long de la Grande-Côte et de la Grande-Rue, du début du XIVème siècle jusqu’au milieu du XVIIIème siècle, les terrains avoisinants étaient propriétés de nombreuses communautés religieuses : religieuses de la Déserte, Chartreux, Clarisses, Bénédictines, Bernardines, Colinettes, Ursulines, Carmélites, Oratoriens, Capucins, Annonciades, Feuillants, Augustins réformés, …

Dès le début du XVIème siècle, à la renaissance économique de Lyon, la Grande-Côte devient un axe majeur, et les lotissements commencèrent à voir le jour le nombre de maisons passa de 4 à114 entre 1500 et 1560. De même la Grande-Rue passera de 7 à 97 maisons entre 1550 et 1750. Evolution logique : les pentes furent rattachées à Lyon en 1512.

 

BATI ET HABITAT

Les parcelles ont été à l’origine à peu près toutes identiques, perpendiculaires à la montée, de surfaces réduites (110 à 250 m2) ou petites (25 à 80 m2). Elles ont été acquises au départ en majorité par des artisans, commerçants, hôteliers ou cabaretiers. Pour exercer leurs activités, ils font bâtir des maisons en pisé pour la plupart et mitoyennes s’inspirant des immeubles du centre-ville pour la Grande-Côte, c’est-à-dire avec trois ou quatre étages.

A l’époque moderne (XVIIème et XVIIIème siècles), les bâtiments ont des boutiques au rez-de-chaussée, une pièce attenante, et une à deux chambres à chaque niveau. L’accès aux étages s’effectue par un escalier soit intérieur à vis, soit extérieur en bois ou en pierre qui forme une galerie sur la cour. Par la suite, les cours et jardins arrières sont remplacés par des constructions à hauteurs plus réduites, ce qui donnera parfois des doubles rangées d’immeubles.

Au cours du XVIIIème siècle, les artisans et commerçants de la Grande-Côte cédèrent en grande partie la place aux tisseurs et ouvriers du textile, contrairement à la Grande-Rue, plus bas, où les commerces ont subsistés.

En 1769, la construction de la route reliant Lyon à la Bresse met fin au monopole de la Grande Côte pour le trafic des marchandises. Elle marque également l’avènement du développement des industries de tissages dans le quartier de la Croix-Rousse.  La montée de la Grande-Côte a été le "berceau" du mouvement canuts. En 1788 on dénombrait près de 705 métiers à tisser, leurs nombres allaient s’étendre de façon exponentielle avec le développement urbain des pentes. La montée de la Grande-Côte devint alors le point de passage des ouvriers de la soie qui se rendaient vers le quartier des négociants, malheureusement tristement célèbre lors de la révolte des canuts de 1831, une des grandes insurrections sociales du début de l’ère de la grande industrie, qui fut suivie par une deuxième révolte en 1834.

La majorité des immeubles restants a gardé sa configuration. Certains ont été remplacés au XIXème siècle par des constructions plus récentes. Vous trouverez donc aussi bien des maisons du XIIème siècle avec fenêtres à meneaux que des immeubles plus récents.

 

La crise industrielle du textile mit un frein à l’activité du quartier qui se dégrada progressivement : durant la fin du XXème siècle une politique de renouvellement urbain détruit la partie supérieure de la montée.  Les pelleteuses rasèrent 8.000m2 d’immeubles anciens dont certains dataient du XVIème siècle.

 

Aujourd’hui, la Grande-Côte permet d’observer différents types de bâti :  depuis des maisons du XVIème siècle, jusqu’à des immeubles récents de 1970 en passant par des constructions de style Canuts XIXème siècle.

 

 


L’ESPLANADE ET LE JARDIN DE LA GRANDE-CÔTE

L’esplanade de la Grande-Côte est située sur le haut de la montée  au croisement des rues de Sève et du Bon Pasteur. Elle permet de jouir d’un des plus beaux panoramas de la ville.

Le projet voit le jour en 1975 avec l’aménagement d’une première esplanade et d’une fontaine. Malheureusement, cet ouvrage ne résiste pas à l’épreuve du temps et un nouveau projet est mis en place, qui nécessitera des travaux de 1999 à 2004. Il donnera à l’esplanade le visage que nous lui connaissons aujourd’hui : une place entièrement pavée de calcaire de Montalieu  de teinte claire et un jardin de 6.179 m2 ayant pour spécificité une déclivité importante et la présence de muriers - noirs, blancs, à feuilles de platane et à papier -, symbole de  l’activité de la soie sur la Croix-Rousse.

Les jardins ont toujours été liés à l’histoire des Pentes. Au milieu du XVIIIème siècle, la Croix-Rousse recense 45 jardiniers, principalement installés au centre du plateau. Ils cultivent des asperges, des artichauts, différents légumes et des arbres fruitiers en espaliers, ainsi que pour certains des plants et des arbustes d’ornement.

L’ensemble esplanade, jardins et montée de la Grande-Côte est  une belle ouverture  historique, visuelle et architecturale de la Croix-Rousse sur Lyon en direction du quartier des Terreaux. Ne manquez pas d’y passer.

 


Bibliographie :

Josette BARRE : La colline de la Croix-Rousse – Editions Lyonnaises  d’Art et d’Histoire – 2007
Corinne POIRIEUX : Guide Lyon Colline de la Croix-Rousse - Editions Lyonnaises  d’Art et d’Histoire - 2014
Louis MAYNARD : Dictionnaire de Lyonnaiseries – Edition LYON Chez l’Auteur - 1932
http://ruesdelyon.monsiteperso.net