Les Subsistances

Situé sur la rive gauche de la Saône, au 8 quai Saint-Vincent, en aval de la caserne de Serin abritant aujourd’hui la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC),  cet ensemble de bâtiments dénommé «Les Subsistances»  doit son nom à l’armée lorsqu’elle y prend ses quartiers, en 1807. Mais cette période militaire, qui s’achève en 1995, n’est qu’un volet de l’histoire de ce lieu patrimonial lyonnais qui garde des traces fortes de son passé. Voici son histoire.

 

XVII/XVIIIème siècle :  Le Couvent de Sainte-Marie des Chaînes

 
 
Au début du XVIIème siècle, le site était occupé par une belle propriété appartenant à un lyonnais originaire de Milan, nommé Moneri. Cette propriété fut achetée par les Sœurs de Bellecour et devint le troisième monastère de la Visitation de Lyon. Le contrat de fondation fut établi le 16 mai 1640. Ce couvent prit le nom de « Notre Dame des Chaînes », appelé ainsi à cause de sa proximité du système de chaînes, tendues la nuit sur la Saône, qui avaient pour but d’empêcher l’entrée furtive des bateaux et des marchandises. Son église fut consacrée le 4 janvier 1671, sous le vocable de Saint François de Sales. Cet établissement fut le troisième monastère de la Visitation à Lyon après « Lyon Bellecour » consacré en 1627, finalement détruit,  et l’Antiquaille, construit sur le  site de la maison des champs, par Pierre Salla, entre 1505 et 1514.

Au début du XVIIIème siècle,  la Supérieure en charge du couvent décide, par manque de place,  de construire un nouveau bâtiment qui s’écroule.  Une partie de cet édifice sera reconstruit à grand frais.  Le claustral aux voûtes ogivales et les logements situés à l’étage sont  aujourd’hui la seule trace de cette époque religieuse.  L’église a été rasée durant la Révolution.

Vers 1753, la situation du couvent endetté n’est guère brillante. Les religieuses sont alors au nombre de 62. L’entretien des personnes et des bâtiments occasionnent sans cesse de nouvelles dépenses au point qu’il devient de plus en plus difficile de faire face  aux dettes.   Après intervention de Monseigneur le cardinal de Tencin, archevêque et comte de Lyon, les religieuses consentirent alors  à la suppression et extinction de la communauté quand elles ne seraient plus que 10,  assurant ainsi le remboursement des dettes et la subsistance des religieuses du couvent.  La Révolution changera les plans. Le 27 août 1807, l’ancien claustral sera mis à disposition du ministre de la guerre.
 
 

XIXème-XXème siècle : Des bâtiments militaires

 
 Devenus Biens nationaux à la Révolution, l’armée prend ses quartiers en 1807 et entrepose dans les bâtiments existants les effets de campement, la pharmacie d’Afrique et l’habillement. Y sont également stockés tous les vivres assurant la subsistance des forces militaires présentes dans la région.  

Un vaste ensemble de bâtiments est construit en 184O. Ils entourent la cour carrée, qui sera recouverte d’une verrière en 1870. Durant cette même période, viendront s’ajouter deux moulins, un moulin industriel à vapeur en 1870 et un deuxième moulin semblable au premier vers 1890.  Une boulangerie industrielle avec six grands fours à charbon viendra compléter l’ensemble sur l’aile nord du grand bâtiment. Des passerelles sont également construites entre les moulins et le bâtiment principal. Il existait également deux grandes cheminées, aujourd’hui détruites. Pendant la Grande Guerre, cet ensemble assurant déjà l’approvisionnement en farine et en pain des troupes, tourne avec dix-huit fours à pain. Entre les deux guerres le moulin nord sera transformé en chai à vin.  Un atelier de torréfaction du café verra le jour.

En 1941, ce lieu est rebaptisé et devient « Subsistances Militaires ».  Cependant, après la guerre, toute cette activité de transformation et conditionnement sera peu à peu abandonnée et dans les années 1960, ne resteront que des produits stockés. Dans les années 1980, il ne subsiste qu’un seul four à pain. L’Armée quitte les bâtiments en 1991 pour rejoindre la caserne Osterode à Rillieux.  Finalement l’Etat cédera les bâtiments à la ville de Lyon en 1995.
 
 

XXème-XXIème siècle : Un lieu de création artistique

Ces  bâtiments ne resteront pas inemployés très longtemps. Un nouveau projet émerge pratiquement la même année, sous la mandature de Raymond Barre et à l’initiative de Denis Trouxe alors adjoint à la Culture, dont le but est de favoriser la jeune création artistique. Grâce à sa ténacité et à sa détermination, les Subsistances vont devenir ce qu’elles sont aujourd’hui, un lieu d’échanges, de créations, de réunions, d’expositions, de répétitions, de représentations.

En mai 1998, Paul Grémeret est nommé Directeur des Subsistances. De 1998 à décembre 1999, avant même la réhabilitation des lieux, il accueille une cinquantaine de compagnies.

En 1999, le site est fermé au public pour douze mois. Denis Eyraud, architecte, prend en charge la rénovation de cet ensemble, inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques en 1998.

En septembre 2000, Klaus Hersche succède à Paul Grémeret. Son souhait est de faire de cet espace un lieu de rencontres et d’échanges entre artistes venant du théâtre, de la danse, des arts plastiques et également avec des écrivains et des philosophes. L’inauguration a lieu le 26 janvier 2001. Les Subsistances constituent alors un ensemble de 22 000 m2 dont 8000 m2 sont déjà rénovés. « La Boulangerie » devient une salle de spectacle de 120 places,  «le Hangar » rebaptisé « Salle Paul Grémeret » est un vaste espace modulable, avec des gradins amovibles, pouvant accueillir de 260 à 800 spectateurs. Les deux «  Moulins » abritent désormais l’administration et l’accueil.  La dernière partie des bâtiments comprend des salles de réunion, dix-sept chambres et studios de résidence, un restaurant,  et huit ateliers d’une superficie allant de 120 à 200 m2 et des espaces de travail ou d’exposition. C’est en 2003 que Guy Walter et Cathy Bouvard prennent la direction des Subsistances. Ils créent le Laboratoire international de création artistique.

En 2005, sous l’impulsion du maire de Lyon, Gérard Collomb, la deuxième tranche de rénovation débute.  Les architectes Michel Lassagne et William Lassal prennent la direction des travaux. En 2005, les 12 000 m2 restants sont aménagés. Près de 10 000 m2 sont affectés à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts (ENBA) qui forme des artistes, des designers et des professionnels de la création.  Patrice Beghain, alors adjoint à la Culture souhaite que ce lieu soit un lieu de rencontres et de brassage, que les artistes en résidence et les étudiants travaillent ensemble. Les travaux qui ont débuté en septembre 2005 se terminent en février 2007. L’ENBA s’installe en mars 2007 dans les bâtiments situés autour de la cour carrée de 1332 m2, protégée par une verrière métallique caractéristique de l’Ecole Eiffel.  Cet espace peut accueillir  3000 personnes.

Aujourd’hui, cet ensemble architectural aux façades de couleur ocre, accueillent des compagnies venant des quatre coins du monde dont les artistes sont hébergés et reçoivent une aide intellectuelle, administrative et financière pour un temps déterminé. Chaque année les « Subs » accueillent 40 000 spectateurs en moyenne, soit pour assister aux répétitions publiques, soit aux nombreux festivals qui y sont organisés. Ils participent aussi aux ateliers pratiques artistiques (danse, cirque et théâtre).

Les Subsistances se tournent également vers les entreprises et leurs proposent des visites guidées, des ateliers de team building, des soirées spectacles et rencontres avec l’équipe artistique ainsi que des réceptions personnalisées.

 

 


Références :

Abbé Ad. Vachet : Les anciens couvent de Lyon - Librairie Emmanuel Vitte - 1916
Jean Pelletier, Charles Delfante : Atlas historique du Grand Lyon - Éditions Xavier Lejeune-Libris - 2004
http://www.museemilitairelyon.com
http://www.les-subs.com
http://www.ensba-lyon.fr