Eglise Saint-Bernard

L'église Saint-Bernard est un curieux monument qui interpelle le visiteur : située montée Saint-Sébastien sur les Pentes de la Croix-Rousse (Lyon 1er), elle n'a ni parvis, ni clocher, et est désacralisée depuis 1999. Elle est de plus fermée depuis 2004.

 

L’histoire de l’église Saint-Bernard commence en 1852, date à laquelle la colline de la Croix-Rousse est rattachée à la ville de Lyon. A cette date, l’église officielle des habitants de la colline est encore l’église Saint-Polycarpe. Des riverains de la place Colbert, trouvant cette église trop éloignée, demandent alors l’édification d’une nouvelle paroisse près de cette place. Le Cardinal de Bonald autorise la nouvelle paroisse et charge l’abbé Jean-François Dutel de sa fondation.
 
Le 17 mars 1852, une pétition est envoyée à la mairie de Lyon afin de la solliciter pour le projet de construction d’une chapelle provisoire. M. Willermoz, l’un des signataires, propose, pour une somme symbolique, un terrain situé entre les rues de Sève, de Vaucanson et la montée Saint-Sébastien. Le projet est rapidement accepté : le 19 mars la préfecture donne son accord pour la nouvelle construction et le 24 mars, le terrain est officiellement remis. Le 22 août, la chapelle, en bois et en briques, est bénie.
 
En parallèle, on travaille à la construction de l’église définitive. La commission créée pour l’occasion, confie la construction à Tony Desjardins, architecte à qui l’ont doit notamment l'église Saint-Pierre de Vaise, mais également la restauration de l’Hôtel de Ville et la construction d’une aile du Palais des Beaux-Arts. Celui-ci établit un devis qui s’avérera très vite largement sous-évalué.
 
Après la mise en place des fondations, la première pierre est posée et bénie le 28 mai 1860 par le cardinal de Bonald. Suivent ensuite l’élévation de l’abside et de deux travées de la nef. En 1862, le chantier s’arrête faute de moyens. Tony Desjardins établit un nouveau devis pour l’ensemble de l’édifice, exception faite de la façade dont le projet prévoyait un clocher et un escalier. L’église est finalement bénie le 18 mai 1866 puis consacrée le lendemain, sans pour autant que la façade ne soit terminée. Elle est placée sous le vocable de Saint-Bernard, à la demande de M. Willermoz.
 
En 1871, Tony Desjardins est à nouveau sollicité pour établir un devis afin de terminer la façade. Le montant étant trop élevé, le projet est abandonné et le clocher et l’escalier ne verront jamais le jour. Les travaux intérieurs continuent cependant : des barrières sont posées dans le chœur, les orgues sont inaugurés, des dossiers sont installés aux stalles et des boiseries posées dans le chœur. Lucien Bégule est chargé de la réalisation de vitraux.
 
En 1888, le tunnel du funiculaire est percé, et passe sous l’église. Les travaux entraîneront un affaissement du terrain et des dégâts à l’édifice. La ville prendra en charge les réparations, qui seront placées sous la direction d’Abraham Hirsch, architecte en chef de la Ville et ancien collaborateur de Tony Desjardins. Des études géologiques réalisées ont permis de se rendre compte que l’église a été édifiée sur différents réseaux souterrains qui la fragilisent (réseau des fantasques, arrêtes de poisson …).
 
En 1999, l’église est désacralisée. Depuis lors, différents projets ont été évoqués : sa démolition, sa rénovation intégrale, la démolir pour la reconstruire à Dubaï, … Tous ces projets ayant été jugés trop onéreux, la municipalité c’est contenté de stabiliser l’édifice par la pose d’étais et de remettre le devenir de l'église St Bernard à plus tard.
 
Il convient de noter que ce patrimoine lyonnais en danger n’est pas qu’architectural, mais également artistique. En effet à l’intérieur de l’église les superbes vitraux attribués à Lucien Bégule sont également menacés, à cause de l’instabilité du monument, mais également à la suite d’actes de vandalismes dus à des « squatteurs » mal intentionnés.
 
 
C’est dans cet état quasi fantomatique que l’église Saint Bernard continue de dominer de façon harmonieuse les pentes de la Croix-Rousse et en particulier la place Colbert. Il ne reste plus qu’aux passants, qui s’interrogent devant cette église désaffectée, à espérer que des budgets suffisants permettent la rénovation de  cet édifice et son renouveau.
 


Bibliographie :

Louis Jacquemin :
 Histoire des églises de Lyon - Editions Bellier - 1985
Jean-Baptiste Martin, Histoire des églises et chapelles de Lyon - H. Lardanchet Editeur - 1908
Dominique Bertin : Guide des églises de Lyon - Editions Lyonnaises - 2000