Vestiges des anciennes fortifications

Lors d'une ballade le long de la Saône, rive gauche, le visiteur peut apercevoir, sur la colline de Fourvière, peu après le quartier Saint-Jean, une muraille qui est le témoin du système défensif mis en place au XIXème siècle à Lyon. Une autre muraille plus au nord faisait partie de l'enceinte du XIVème siècle. Si les défenses de Lyon ont longtemps été négligées, le XIXème siècle, marqué par de nombreux conflits va inciter les autorités à fortifier la ville, surtout quand celle-ci occupe une position stratégique sur le territoire. Ainsi, deux grandes figures de l’architecture militaire vont marquer de leur empreinte la ville de Lyon : Hubert Rohault de Fleury et Raymond Adolphe Séré de Rivières.

 

Un système défensif vieillissant

En 1793, Lyon est défendue par un système de fortification hérité du Moyen-Âge et dont la dernière réelle modernisation date du XVIème siècle. Au XVIIIème siècle, il est laissé à l’abandon. Lorsque les armées de la Convention, contre laquelle Lyon s’est rebellée, arrivent pour mater l’insurrection, la ville se trouve en position de faiblesse. Elle tombe le 9 octobre 1793. Les ouvrages militaires sont peu à peu démantelés.

En 1814, en pleine Campagne de France, lors du conflit opposant l’Empire français et la coalition composée du Royaume-Uni, de l’Autriche, de la Russie et de la Prusse, Lyon se retrouve sans défense face à l’arrivée de l’armée autrichienne. Malgré une forte résistance de près de trois mois, la ville tombe aux mains des Autrichiens le 21 mars 1814 qui l’occupent jusqu’au 9 juin.

Il faut attendre le retour de Napoléon 1er pour voir le système de défense lyonnais reconstruit. Durant les Cent-Jours la guerre contre la coalition reprend. Lyon, dont la position est stratégique dans l’Empire, voit ses défenses renforcées par le général de brigade du génie Montfort, notamment sur les hauteurs de Lyon, sur le Plateau de Montessuy-Caluire et Fourvière, ainsi que sur la rive gauche du Rhône.

Mais ces efforts n’empêcheront pas les Autrichiens de pénétrer une seconde fois dans la ville en 1815. Ces derniers démantèlent la plupart des ouvrages défensifs lyonnais, en particulier ceux de la rive gauche du Rhône. La chute de Napoléon marque l’arrivée de Louis XVIII, un Bourbon. Pour pallier aux faiblesses relevées durant les Cent Jours, Laurent Gouvion de Saint-Cyr souhaite rétablir les défenses de Paris et de Lyon. C’est le baron François Nicolas Haxo qui est chargé de concevoir ce système de défense. Considérant Lyon comme la deuxième ville de France et comme étant le nœud central de la défense du sud-est, il souhaite en faire une véritable place forte, au sein d’un vaste plan de défense de la région Sud-Est. Son projet pour la ville est basé sur la restauration des enceintes bastionnées doublées par une ligne de forts détachés placés sur les hauteurs (Caluire, la ligne de crête qui va de Sainte-Foy à Loyasse et Vaise). La ville devra être en mesure de tenir les armées de siège assez loin afin d’éviter le bombardement de la ville.

Mais son projet ne verra pas le jour, Charles X, successeur de Louis XVIII, le refuse en 1825. La France ayant rejoint la sainte Alliance (Royaume-Uni, Autriche, Russie, Prusse) en 1818, le Roi ne souhaite pas fortifier Lyon, trop proche de ses nouveaux alliés qui surveillent toujours le royaume.

 

Le système Rohault de Fleury

1830 est marquée en France par la Révolution de Juillet et l’abdication de Charles X. Les Trois Glorieuses signent la fin des Bourbons (alliés de la Sainte Alliance) qui sont remplacés par les Orléans en la personne de Louis Philippe Ier.  L’équilibre de paix du royaume est menacé et Lyon n’a, à cette date, encore bénéficié d’aucun aménagement défensif depuis le démantèlement des ouvrages par les Autrichiens en 1815, bien que de nombreux projets aient été avancés.

Par ailleurs, à cette époque, l’artillerie est en pleine évolution : après 1860, les obus à trajectoire courbe permettant d’atteindre l’intérieur des remparts remplacent peu à peu les boulets à trajectoire tendue. Les nouveaux ingénieurs militaires ont conscience que les anciennes fortifications à la Vauban, dont le principe était d’élever d’imposantes murailles autour de la ville ne sont plus efficaces. Un nouveau système de défense va alors voir le jour, conçu sur le principe d’une série de forts détachés en avant des murailles pour tenir à distance les armées de siège et ainsi éviter aux tirs obus d’atteindre la ville.

Louis Philippe Ier d’Orléans craint la guerre avec l’Autriche. Lyon, de par sa position stratégique à proximité de son ennemi, doit être protégée. La décision sera prise de faire de Lyon un grand camp retranché. En 1830, Hubert Rohault de Fleury est nommé au poste de commandant supérieur des travaux de défense de Lyon et va reprendre le projet d’Haxo. Il projette de renforcer les enceintes existantes construites sur le modèle de Vauban et de les doubler par la construction de forts détachés en avant de l’enceinte. Trois secteurs seront concernés :

  • Au nord, l’enceinte de la Croix-Rousse : l’ancienne enceinte est rétablie et les anciens bastions du XVIème siècle sont réutilisés.  Deux ouvrages seront les pivots de cette enceinte : côté Saône, le fort Saint-Jean et côté Rhône, le bastion Saint-Laurent. Au total, l’enceinte de la Croix-Rousse se compose de huit bastions et de cinq portes. Deux forts détachés sont édifiés : Montessuy et Caluire.

  • A l’ouest, l’enceinte de Fourvière : elle est reconstruite et agrandie. Cette enceinte part du quartier de la Quarantaine, de façon à protéger le pont d’Ainay jusqu’à l’emplacement de l’ancien château de Pierre Scize. La partie nord suit le tracé des enceintes médiévales et le mur que l’on voit encore courir de nos jours le long de la colline de Fourvière depuis le quai Fulchiron jusqu’à Saint-Just est l’agrandissement de l’ancienne enceinte. Les quartiers Saint-Just et Saint-Irénée sont laissés en dehors des murs de la ville, ainsi que le cimetière de Loyasse, conformément à la loi. L’enceinte, trouée de six portes (porte de la Quarantaine, de Saint-Just, de Fourvière, de Loyasse, de Montauban et de Vaise) comporte huit bastions.  La ligne de forts détachés  est composée des forts de la Duchère, Loyasse et la batterie de Vaise, Saint-Irénée (qui tient le point haut), Sainte-Foy et la redoute du petite Sainte-Foy).

  • A l’est, sur la rive gauche du Rhône : il n’existait à l’origine aucun système défensif sur cette partie de la ville. Cette nouvelle ligne de fortification est composée d’une succession de forts et batteries reliés par des courtines et un fossé mis en eau.

La construction de ce système de défense sera facilitée jusqu’en 1833 par la crise subie par la Fabrique lyonnaise (industrie de la soie lyonnaise) qui fournira un grand nombre de main d’œuvre dans un premier temps. Le projet Rohault de Fleury fermera presque totalement la ville, exception faite de la pointe de la Presqu’ile dont le projet d’enceinte n’aboutira jamais.

 

La seconde ligne de défense de Séré de Rivières

Le général Séré de Rivières arrive à Lyon en 1868 et découvre un système de défense datant de 1831, dépassé face aux nouvelles méthodes de bombardement. En 1870, à peine un mois après le début de la guerre franco-prussienne, il met en place un projet de ligne de défense en avant des fortifications existantes et destiné à tenir à distance les tirs d’obus de plus en plus longs.  A partir de 1875, une série de forts sera construite dans la grande périphérie de Lyon : notamment à Meyzieu, Francheville, Genas, Bron, Saint-Priest, Corbas ou encore Feyzin.

Le système défensif de Lyon n’a jamais eu à subir les sièges auquel il était destiné. Les besoins d’extension de la ville ont peu à peu détruit les lignes de fortification. Dès le XVIIème siècle, le Consulat fait démolir la muraille de la Lanterne pour construire la place des Terreaux et l’Hôtel de Ville. Au début du XIXème siècle, les remparts d’Ainay sont démantelés pour laisser place au projet d’extension du territoire d’Antoine-Michel Perrache. Louis Napoléon Bonaparte fait construire le boulevard de la Croix-Rousse en lieu et place de l’enceinte lors du rattachement du faubourg à la ville, à partir de 1852. Le dernier élément du système défensif détruit à Lyon est la caserne de la Part-Dieu, située sur l’emplacement de l’actuel centre commercial.

Sur le secteur Unesco, il est encore possible de voir des traces de ce système défensif du XIXème siècle. La muraille (particulièrement mise en valeur la nuit) qui serpente le long de la colline de Fourvière est toujours en place. Le fort Saint-Irénée, à proximité de l’église accueille actuellement une résidence universitaire. Le Ministère des Finances a installé une école dans le fort Saint-Jean. Il reste également quelques bastions de l’enceinte de Fourvière et de la Croix-Rousse. Le fort de Loyasse est, quant-à lui, totalement laissé à l’abandon et ne se visite pas.


BOURRUST Bernard, Le site du fort St-Irénée à travers les ages, Association culturelle des sanctuaires de St-Irénée et St-Just, 2004
DALLEMAGNE François
, Les défenses de Lyon, Editions Lyonnaises d'Art et d'Histoire, enceintes et fortifications 2006
METTEY-BUNEVOD Madeleine, Les fortification de Lyon dans la deuxième moitié du XIXème siècle (1793-1858), Presses Universitaires du Septentrion, 1999