Les Aqueducs

Les aqueducs constituent l’un des éléments architecturaux les plus représentatifs du monde romain. Synonyme de confort, l’eau tient une place essentielle dans la ville antique. L’installation de colonies romaines sur le site de Lyon a permis à la ville de se doter d’un réseau d’alimentation en eau très important. Constitué de 4 ouvrages : les aqueducs du Gier, de la Brevenne, de l’Yzeron et du Mont d'Or, ce réseau est le plus important de l’empire romain après celui de Rome. Parmi eux, deux, les aqueducs du Gier et de le Brevenne, sont considérés comme étant parmi les 12 plus remarquables du monde antique.


Fonctionnement d’un aqueduc

La plupart des aqueducs construits de nos jours utilisent un système de mise sous pression pour faire circuler l’eau à travers un conduit. Dans l’Antiquité, un aqueduc était un système permettant d’acheminer l’eau d’un point A à un point B par la seule force de la gravité. Pour ce faire, l’ouvrage captait l’eau à une altitude plus élevée au départ qu’à l’arrivée, permettant ainsi à l’eau de s’écouler naturellement à l’intérieur d’un canal construit en pente douce. Pour faire face aux contraintes topographiques imposées par le relief, les ingénieurs antiques ont fait preuve d’une grande technicité : canaux creusés pour traverser une colline trop élevée, ponts pour franchir les vallées, comme par exemple le célèbre pont du Gard, ou système de siphons, dont il reste de nombreuses traces à Lyon, pour franchir les vallées trop profondes et trop larges pour pouvoir supporter un simple pont.

 

Les aqueducs lyonnais : caractéristiques générales

Le site même de Lugdunum est pauvre en eau, particulièrement dans la partie haute de la ville. Par ailleurs, cette partie de la ville ne bénéficie pas d’un accès aisé au fleuve, contrairement à la partie basse installée près des fleuves. Les sources, puits, citernes de récupération d’eau existants vont vite s’avérer insuffisants pour alimenter en eau une population en constante augmentation et surtout désireuse d’avoir un accès facile à une eau courante de qualité.

En revanche, Lugdunum dispose de nombreuses sources potentielles dans les massifs montagneux situés à proximité :

  • au nord : le Mont d’Or à environ 10 km de Lyon, dans les vallées de Poleymieux et le vallon de Saint-Romain, qui présente une eau de très bonne qualité.
  • à l’ouest : les monts du lyonnais, situés à une quinzaine de kilomètres et qui bénéficient d’une forte pluviosité car ils font obstacle aux perturbations arrivant de l’ouest. Les sources sont nombreuses et d’excellente qualité. On les retrouve sur le versant lyonnais dans le bassin de l’Yzeron et sur le versant opposé dans la vallée de la Brévenne, côté le plus arrosé.
  • au sud : le Mont Pilat, situé à un peu plus de 40 km, où nait la rivière du Gier, près de Saint-Chamond également très arrosé car au carrefour des perturbations venant de l’Atlantique et de la Méditerranée.

Pour pouvoir acheminer cette eau dans la ville, il faut cependant franchir de grandes vallées qui séparent la ville de ces sources. Cette problématique topographique va être solutionnée par l’utilisation à plusieurs reprises du système de siphons, élément rare dans les constructions d’aqueducs romains.

Un système siphons fonctionne sur le principe des vases communicants. Il est constitué d’un canal ou conduite forcée, en plomb à l’époque romaine, résistant à de fortes pressions avec, en amont un réservoir de chasse et en aval un réservoir de fuite, placé plus bas que le réservoir de chasse. L’eau arrive dans un premier temps dans le réservoir de chasse puis passe par le canal, supporté par un pont siphon, avant de remonter, grâce à la pression créée par le réservoir de chasse, dans le réservoir de fuite qui permet à l’eau de reprendre ensuite son écoulement naturel.

Au total, on dénombre 8 siphons, dont 1 double sur l’ensemble des 4 aqueducs lyonnais. 4 ponts siphons et six réservoirs existent encore aujourd'hui. L’utilisation à de nombreuses reprises de cette technique confère au réseau de Lugdunum des spécificités techniques incomparables par rapport au reste du réseau d’aqueducs du monde romain. Les aqueducs de Rome ne comportaient aucun siphon et seule une trentaine sont connus dans le reste du monde antique. Parmi ces trente, 3 autres seulement ont laissé des traces, en Turquie.

La question de la date de construction de ces édifices reste encore en suspens aujourd’hui. Différentes hypothèses ont été émises d’après les inscriptions découvertes sur les vestiges, la taille de l’ouvrage ou les techniques de constructions utilisées. Mais rien ne nous permet actuellement de donner une datation précise. On s’accorde cependant pour dire qu’elle aurait débuté dès le Ier siècle de notre ère.

 

L’aqueduc du Gier

L’aqueduc du Gier s’alimente dans la rivière du Gier qui lui a donné son nom, au sud de Saint-Chamond à une altitude de 405 m, pour déboucher au niveau de Loyasse et Fourvière à une altitude de 300 m environ. D’une longueur de 86 km, il traverse 23 communes : 11 dans la Loire et 12 dans le Rhône.

Il est le plus long et le plus monumental des 4 aqueducs. Son parcours, très accidenté, est le témoin de la grande maîtrise des techniques de construction dont pouvaient faire preuve les ingénieurs du monde antique. On dénombre actuellement 40 ponts, 10 élévations en mur plein ou avec arches, 11 tunnels et surtout 4 siphons. Ces siphons, d’une longueur allant de 575 m à 2 660 m, ont laissé des vestiges significatifs. Il est également caractérisé par l’utilisation d’un parement réticulé, très utilisé en Italie, mais unique en France. Le seul autre témoin de l’utilisation de ce type de revêtement se trouve en Italie avec l’aqueduc de Minturnae entre Gaete et Naples.

Il est possible de diviser le parcours de l’aqueduc du Gier en 3 sections :

  • La première, d’environ 47 km, correspond à son parcours dans la vallée du Gier. Il rencontre dans un premier temps la vallée de la Durèze, profonde d’une centaine de mètres, qui a la particularité est d’être franchie deux fois par l’aqueduc dont une fois à l’aide d’un siphon et dans un second temps, la vallée du Bozançon traversée quand à elle grâce à l’élévation d’une série de 8 ponts.
    Cette section nous a laissé de nombreuses traces notamment des vestiges du réservoir de chasse et de pont de la vallée de la Durèze. Cependant, le plus important reste la borne de protection dite « Pierre de Chagnon (du nom du village près duquel elle fut découverte) sur laquelle il est possible de lire « Par l’autorité de César Trajan Hadrien Auguste, à personne n’est donné le droit de labourer, de semer ou de planter dans cet espace de terrain qui est destiné à la protection de l’aqueduc ». Cette borne est le témoin précieux de l’aspect réglementaire de l’utilisation de l’aqueduc.
  • La seconde section, longue de 22km, du Bozançon à Orliénas est moins sinueuse, mais le franchissement de la rivière Mornantet et de ses nombreux affluents impose la construction de ponts constitués de 7 à 9 arches. C’est également sur ce secteur que l’on retrouve le tunnel le plus long (825 m) et le plus profond (20 m), creusé afin d’éviter le contournement du bourg de Mornant.
  • La troisième section, longue de 17 km, de Soucieux (commune limitrophe d’Orliénas) à Lyon, a un tracé plus rectiligne que les deux premiers tronçons. Le terrain, cependant accidenté, implique la construction de nombreux murs pleins ou files d’arches, pour conserver le niveau du canal et surtout l’utilisation de 3 siphons sur ce seul secteur : pour franchir la vallée du Garon, large de 1 200 m et profonde de 110 m, la vallée de l’Yzeron, large de 2 600 m et profonde de 140 m, et pour relier Saint-Irénée à Loyasse son point d’arrivée.

Cet aqueduc, a le point d’arrivée le plus haut de 4 aqueducs. Il semblerait que ce soit le seul capable d’alimenter la totalité de la ville et non pas seulement la partie haute comme ce serait le cas pour les 3 autres.

 

L’aqueduc du Mont d’Or :

L’aqueduc du Mont d’Or, le plus petit des 4 aqueducs lyonnais : 26 km environ. Il prend sa source à Poleymieux, dans le ruisseau de Thou à une altitude de 372 m. Son parcours longe en partie la Saône : Poleymieux, Albigny sur Saône, Couzon au Mont d’Or, St Romain au Mont d’Or, Collonge au Mont d’Or, St Cyr au Mont d’OR, Saint-Didier au Mont d’Or, Champagne au Mont d’Or. Il prend ensuite la direction de Saint-Irénée et Fourvière et arrive au niveau du quartier des Minimes à une altitude de 260 m.

Deux siphons sont utilisés : le premier entre Saint-Didier et Champagne, d’une longueur de 420 m pour franchir le Ruisseau de Limonest et le second entre Champagne et Lyon, d’une longueur de 3 500 m pour traverser le ruisseau des Planches. Il ne reste aucun vestige de ces deux siphons. On lui connait également 3 ou 4 ponts également disparus.

 

L’Aqueduc de l’Yzeron :

Cet aqueduc, très complexe, est mal connu. A la différence des 3 autres, il ne s’alimente pas à un point unique, mais possède des ramifications qui lui permettaient de capter l’eau dans plusieurs affluents de l’Yzeron. La connexion entre ces ramifications et l’aqueduc principal n’a pas été prouvée, mais elle reste très probable. Par ailleurs, une portion au commencement de son parcours n’a pu être établie avec certitude du fait de la disparition de toute trace.

Autre particularité : il possède un double siphon, c’est-à-dire deux siphons consécutifs, l’un pour traverser la dépression du Grand Buisson, peu après Grézieux la Varenne, l’autre pour franchir le ruisseau de Charbonnières avant de prendre le chemin de Saint-Irénée pour arriver rue des Farges, dans le quartier des termes très gourmand en eau.

Sa longueur n’est pas définie avec précision. On suppose qu’elle totalisait 27 ou 40 km. Il s’alimente près de Grézieux à une altitude de 600 m ou à 710 m à Yzeron.

 

L’aqueduc de la Brévenne :

Long de 70 km, il prend sa source à 630 m d’altitude près de la ville d’Aveize. Son parcours longe en partie la vallée de la Brévenne sur le versant occidental des monts du lyonnais en direction de Lentilly : Sainte-Foy l’Argentière, Montromant, Courzieu, Chevinay jusqu’à Lentilly, puis il prend la direction de la Tour Salvagny, Dardilly, Ecully, Tassin pour arriver à Lyon à une altitude de 282 ou 284 m au niveau du secteur Saint-Just/Minimes/Théâtres, montée du Télégraphe.

Son parcours très sinueux ne comporte pas autant d’obstacles topographiques que celui de l’aqueduc du Gier, excepté sur la fin de son parcours : il traverse la vallée du ruisseau des Planches, entre Ecully et Tassin, qui ne peut être franchi que par l’utilisation d’un siphon. Sur toute sa longueur, on dénombre actuellement : 10 regards, 4 tunnels et 2 files d’arches et 1 siphon.

 

Liste de vestiges des aqueducs sur Lyon

Il est possible d’organiser de nombreux parcours afin de partir à la découverte des vestiges des aqueducs de Lyon. Le témoin le plus monumental de ce réseau d’eau est sans aucun doute la file d’arche de l’aqueduc du Gier que l’on peut admirer au Plat de l’Air à Chaponost : 72 arches sur les 92 qui la constituaient sont encore visibles, ainsi que le parement réticulé caractéristique de cet aqueduc.

Lyon possède également quelques traces de ces édifices :

Aqueduc du Gier :

  • Enceinte du fort Saint-Irénée : vestige des piles du réservoir de chasse du siphon de Trion (aqueduc du Giers).
  • Parc archéologique de Fourvière : reste d’un réservoir de distribution.
  • Place de Trion : fontaine du verbe incarné, sans doute alimentée par l’aqueduc du Gier
  • Rue Roger Radisson : piles des arches du canal de l’aqueduc du Gier

Aqueduc de l'Yzeron

Aqueduc de la Brévenne

  • Rue du Commandant CHarcot : restes d'un réservoir

 


Sources
J.BURDY, Les aqueducs romains de Lyon, Presses Universitaires de Lyon, Lyon, 2002
J.BURDY, Guide des aqueducs romains de Lyon, Editions Lyonnaises d’art et d’Histoire, Lyon, 2007