Eglise Saint-Irénée, Crypte et Calvaire

L’église Saint-Irénée renferme avec sa crypte le monument religieux le plus ancien de Lyon encore en activité. Etroitement liée aux débuts du christianisme à Lyon, la crypte abritait les corps de deux martyrs, premiers chrétiens persécutés à Lugdunum ainsi que celui de Saint Irénée. L’histoire n’a pas épargné l’édifice : destructions lors des temps troublés du haut Moyen-Âge, saccage des protestants, ravage du temps, il est à chaque fois relevé. La dernière restauration/reconstruction datant du XIXème siècle nous a donné l’église que nous connaissons actuellement.

 

Une histoire liée aux débuts du christianisme

La naissance de l’église Saint-Irénée est étroitement liée aux débuts du Christianisme. Lors de la persécution de 177, une quarantaine de martyrs trouvent la mort, parmi eux l’évêque Pothin (1er évêque de Lyon) et l’esclave Blandine et quelques mois plus tard Alexandre (chrétien grec) et Epipode (chrétien gallo-romain). Les corps de ces deux derniers sont ensevelis dans la nécropole de Trion qui se trouvait alors à l’emplacement même de l’actuelle église.

La date et les circonstances de la mort de Saint-Irénée, théologien et second évêque de Lyon restent incertaines. On estime qu’il serait mort fin IIème ou au début du IIIème siècle. Il a longtemps été avancé que l’évêque serait mort lors d’une grande persécution contre les chrétiens en 202. Mais les historiens réfutent de plus en plus cette hypothèse. On pense alors que cet épisode de persécution aurait pu être confondu avec une série de représailles lancée en 197 par l’empereur Septime Sévère, ancien gouverneur de Lyon,  pour punir les Lyonnais d’avoir pris le parti d’Albinus, son adversaire au titre d’Empereur.

 

La première église : la basilique Saint-Jean

C’est le culte dont bénéficient les reliques d'Alexandre et d'Epipode  qui va entraîner la construction d’une première église au Vème siècle, au-dessus d'une crypte où reposent leurs corps. On sait peu de chose sur cette première église, les fouilles ayant été peu nombreuses.

Vers 450, l’évêque Patient érige cette première église sur l’emplacement de la vaste nécropole de Trion. Il s’agit d’une basilique cimétériale (construite sur un cimetière) dédiée à saint Jean, dont il reste encore actuellement un arc et un linteau visibles sur le mur nord de l’église actuelle. Le témoignage fiable le plus ancien qui nous soit parvenu de cette première église nous vient de Grégoire de Tours qui, entre 552 et 563, nous indique que le corps de Saint-Irénée y repose, dans la crypte, entouré des restes des martyrs Epipode et Alexandre.

A partir du VIIIème siècle, cette église, qui prendra bientôt le nom de Saint-Irénée, va subir de nombreuses destructions et reconstructions. L’église est alors reconstruite dès le siècle suivant, selon les pratiques de l’époque : à partir du IXème siècle, il est d’usage de distinguer l’église haute, destinée au service paroissial de l’église basse réservée au culte funéraire. L’église sera donc reconstruite au-dessus d’une crypte halle souterraine, crypte dont il ne reste aujourd’hui que les dimensions et l’emplacement. Cette crypte, composée de trois nefs voûtées en plein cintre, abrite chacune des reliques des trois saints (Irénée, Alexandre et Epipode) sous trois autels distincts.

L’église bâtie sur cette crypte est une église collégiale (c’est-à-dire mise sous l’autorité d’un collège de chanoines et paroissiale et prend, au Xème siècle, le nom de Saint-Irénée.

 

 

 

L’église Saint-Irénée du XVIème au XIXème siècle

Jusqu’au XVIème siècle l’église reste inchangée, mais durant la nuit du 30 avril au 1er mai 1562, en pleine guerre de religions, le Baron des Adrets, alors à la tête d’une armée de protestants, prend la ville et engage une vague de pillage qui détruira une grande partie du patrimoine chrétien lyonnais.  Eglises, couvents, abbayes sont détruits ou dévastés. Saint-Irénée n’échappe pas aux destructions : crypte saccagée, reliques profanées, colonnes et piliers arrachés, décors détruits. L’église supérieure est presque totalement détruite et les ossements des saints jetés pêle-mêle. L’église est reconstruite presque à l’identique dès 1584, mais il faut attendre le XVIIème siècle pour que la crypte soit restaurée. Les ossements sont alors déposés dans un ossuaire que l’on peut encore voir de nos jours.

Au début du XVIIIème siècle, l’église Saint-Irénée passe sous la direction de l’ordre des Génovéfains (chanoines de Sainte Geneviève). L’ordre augmente considérablement les possessions de la paroisse grâce à des programmes de construction et d’achats immobiliers. Parmi ces bâtiments, nous pouvons citer la maison qui constitue l’actuelle maison diocésaine. Construite à partir de 1749, elle est destinée à devenir le nouveau prieuré de génovéfains. Les travaux sont dirigés par Loyer d’après des plans demandés à Soufflot. Ce projet très coûteux ne fût définitivement achevé qu’en 1789. Le bâtiment sera vendu comme bien national à la Révolution.
Sous la Révolution, le chapitre est dissout, les bâtiments sont loués ou vendus. L’église sert  alors de fenil et la crypte est investie par la population lors du siège de Lyon en 1793.
La signature du Concordat de 1801, qui rétablit la paix religieuse, permet la réouverture au culte de l’église Saint-Irénée en 1802. Son état de délabrement (le toit s’effondre six mois après sa réouverture), sa taille trop exiguë pour accueillir une population sans cesse grandissante, entraînent une série de restauration voire même de reconstruction à partir de 1824.

Ce sont les architectes Louis Céline Flacheron et Claude Anthelme Benoît, architectes de la ville de Lyon, qui sont chargés de mener à bien les travaux. Reconstruite dans un style néo-classique sur les fondations du bâtiment du IXème siècle, l’église devient plus longue, le clocher tour accueillant cinq cloches est édifié et l’intérieur réaménagé. Orgue, cuve baptismale, chaire, trouvent leur place. Le peintre Etienne Couvert est chargé des peintures murales du chœur, et Lucien Bégule réalise une série de vitraux ayant pour thème les débuts du christianisme à Lyon.

L’architecte en chef de la ville de Lyon Tony Desjardins travaille à la restauration de la crypte en 1863 dans le style carolingien : on élève des piliers de marbre rouge, les arcs sont repris, le pavage refait. Des fenêtres sont percées et les peintures de Louis Lamothe représentant les fondateurs de l’église de Lyon viennent orner les murs et les voûtes. Ces peintures ont malheureusement toutes disparues.

L’église et la crypte sont classées monuments historiques en 1862.

Toute la décoration réalisée lors de ces restaurations du XIXème siècle est en accord avec le faste de la liturgie de cette époque. Le XXème siècle et le Concile de Vatican II dans les années 60 prônent à l’inverse beaucoup plus de sobriété. Ainsi, des peintures murales, tableaux, statues disparaissent. Les tableaux du chemin de Croix réalisés par Gaspard André Poncet remplacés par de simples croix de bois sont une parfaite illustration de ce désir de simplicité. Le maître autel ainsi que la chaire sont supprimés afin de permettre un rapprochement entre les fidèles et le célébrant.

 

La crypte aujourd’hui

On accède de l’extérieur à la crypte par deux couloirs où l’on peut encore voir de nombreuses inscriptions funéraires datées pour la plupart d’une période allant du IVème au VIIème siècle ainsi qu’un sarcophage.

Lorsque que l’on pénètre, ensuite, dans la crypte même, la première chose que l’on peut voir, au centre de la nef et protégé par une balustrade, est ce qu’on appelle communément le « Puits des Martyrs », élément sans doute le plus mystérieux de l’ensemble crypte/église de Saint-Irénée. Il s’agirait, à l’origine, d’une cavité (dont on est certain qu’elle existait au Moyen-Âge) qui aurait accueilli, selon la légende, les restes de martyrs. Pendant longtemps, on attribuait à la terre de cette cavité, qui aurait été en contact avec les restes de martyrs, des vertus miraculeuses. Nombreux malades en prélevaient une poignée pour l’ingérer en espérant une guérison.

Au centre du chœur, on trouve un bloc de marbre blanc qui est considéré comme étant l’ancien tombeau de Saint-Irénée. Il est entouré, à sa gauche et sa droite, par les autels de Saint-Alexandre et Saint-Epipode.

Sur le côté sud de la crypte se trouve une chapelle dite « chapelle de la Recluse », en l’honneur de Marguerite La Barge enterrée là en 1692, qui consacra les neufs dernières années de sa vie au service de la crypte et à prier les martyrs.

Sur le côté nord, la chapelle Saint-Polycarpe permet d’accéder à l’ossuaire de la crypte qui contient une partie des ossements déterrés par le Baron des Adrets lors de pillages de 1562.

 

 

Le calvaire

En 1687, un calvaire est élevé dans l’enclos de l’église, afin de rappeler le lien entre la Passion du Christ et celle des Martyrs.  Le site choisi est celui de l’emplacement d’une chapelle détruite en 1562 dont on conserve la partie souterraine pour la transformer en chapelle dite « Chapelle du Sépulcre du Christ ».

Ne comprenant dans un premier temps que trois croix, le calvaire est complété au XVIIIème siècle par deux oratoires. Il est également intégré comme les trois dernières stations d’un immense chemin de Croix dont la première station était l’église Sainte-Croix, à côté de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste dans le Vieux-Lyon, et qui montait le long de la colline de Fourvière. Appelé « Saint-Calvaire sur la montagne des Martyrs de Lyon », il devient un lieu de pèlerinage très fréquenté, tout particulièrement pendant le Carême.

Après la destruction de 1793, seule la chapelle souterraine reste intacte. Elle est restaurée entre 1814 et 1817 et est transformée en chemin de Croix dont les quatorze stations se trouvent toutes sur le site même du calvaire. Tous les éléments, calvaire et stations de chemin de Croix sont encore visibles actuellement.
Le calvaire lui-même représente la douzième station : « Jésus meurt sur la Croix ». La chapelle du Sépulcre constitue la quatorzième : « Jésus est mis au tombeau ». Les douze stations restantes sont figurées par douze édicules répartis de part et d’autre du calvaire qui abritaient une série de bas-reliefs dont il ne reste aujourd’hui que cinq éléments (que l’on peut voir intercalés entre les stations). Les bas-reliefs que nous voyons actuellement à l’intérieur de ces édicules datent d’une restauration initiée en 1868.

Le Calvaire et le chemin de Croix sont actuellement dans un état de conservation préoccupant.

Dans l’enclos précédent l’entrée du calvaire, on peut également noter la présence d’une série de sarcophages gallo-romain découvert lors de fouilles sur le site.


Bernard Bourrust, Gilles Degors, Simone Wyss, Le Sanctuaire de Saint-Irénée, Association Culturelle des Sanctuaires de Saint-Irénée et Saint-Just, Bulletin spécial N°5, Lyon, Juin 2000.
Simone Wyss, Vingt siècles à Saint-Irénée, Association Culturelle des Sanctuaires de Saint-Irénée et Saint-Just, Lyon, novembre 2005.