La Voie Antique (rue Roger Radisson)

Le développement du réseau routier est une composante essentielle dans l’expansion de l’Empire Romain. Lyon, de par sa position centrale, est le point de départ d’un ensemble de routes permettant de relier les différentes provinces de la Gaule. Ces routes antiques ont comme point de départ le réseau de rues de Lugdunum calqué sur le modèle que l’on retrouve dans toute ville de l’Antiquité romaine et donc organisé autour des deux axes principaux : le Cardo et le Decumanus.


 

Le Decumanus Maximus :
l’actuelle rue Roger Radisson

A la fondation de Lugdunum en 43 av. J.-C., la ville est construite selon les règles de la cité romaine : elle est notamment organisée selon deux axes principaux perpendiculaires : le Cardo (axe Nord/Sud) et le Decumanus (axe Est/Ouest), définis lors d’une cérémonie rituelle. C’est autour de ces deux axes que s’articule l’ensemble du réseau de rues de la ville, ainsi que la position des bâtiments publics.

Les recherches effectuées par Amable Audin, célèbre archéologue lyonnais, l’on amené à penser que le Decumanus Maximus se serait situé au niveau de l’actuelle rue Cléberg. Cependant, les dernières découvertes, notamment celles d’Armand Desbat, situent cet axe sur l’actuelle rue Roger Radisson. L’archéologue date, par ailleurs, la cérémonie rituelle de fondation de la ville dans une période comprise entre la fin juillet et novembre 43.


Il est possible de voir des vestiges d’une voie romaine à l’entrée du parc des théâtres Gallo-Romains à Fourvière où l’on emprunte une ancienne rue du réseau organisé autour du Cardo et du Decumanus.

 

Lyon :
point de départ d’un réseau routier

Strabon, géographe grec, nous a donné un témoignage contemporain très concret de ce qu’était le réseau de voies antiques autour de Lyon :

« Lugdunum occupant le centre de la Celtique, dont cette ville est en quelque manière la citadelle par sa situation au confluent des fleuves et à proximité des différentes parties du pays, Agrippa en a fait le point de départ des grandes routes : celle qui traverse les monts Cemmènes et aboutit chez les Santons et en Aquitaine, celle du Rhin, celle de l’Océan qui est la troisième et qui mène chez les Bellovaques et les Ambiens, enfin celle qui conduit en Narbonnaise et au littoral massaliote et qui est la quatrième. Mais on peut aussi, laissant à gauche Lugdunum et les territoires en amont de cette ville, bifurquer dans le Poenin même, traverser le Rhône ou le lac Léman pour gagner les plaines des Helvètes et de là, par un col qui franchit le mont Jura, atteindre le pays des Séquanes et des Lingons, où la route se divise en deux branches, l’une pour le Rhin, l’autre pour l’Océan » (IV, 6, 11).

L’Empereur Auguste, conscient du positionnent stratégique de Lugdunum, confia à son gendre Agrippa la tâche de créer un réseau de voies à partir de la ville, permettant de relier une partie des provinces de la Gaule.

 

Ainsi, dès 18-20 av. J.-C., 4 grandes voies sont d’abord construites, 3 autres viendront compléter par la suite ce réseau :

  • La voie d’Aquitaine : cette voie débute dans le prolongement de la rue d’Aquitaine (actuellement rue Roger Radisson) et emprunte le tracé de l’actuelle rue de la Favorite et de l’avenue du Point du Jour en direction d’Alaï et de Feurs. A partir de là, la voie d’Aquitaine se divise en 2 routes : l’une en direction de Saintes et l’autre en direction de Bordeaux.
  • Voie de Narbonnaise : le tracé de cette voie n’a pu être établi de façon certaine en raison du peu de vestiges découverts. On pense cependant qu’elle passait par le haut de la montée de Choulans et le chemin de Fontanières, bien qu’aucune preuve avérée n’ai été découverte. Elle prend ensuite la direction de Saint-Genis-Laval et Givors et rejoint la voie Domitienne par la vallée du Rhône. L’existence de cette voie est parfois remise en cause en raison de l’existence de deux autres voies en direction du Rhin depuis Vienne en Isère et Châlons-sur-Saône en Saône et Loire.
  • La voie du Rhin : à partir de Fourvière, la voie du Rhin suit parallèlement la montée Saint-Barthélemy, traverse la Saône, puis rejoint la Croix-Rousse par la rue du Sergent Blandan, la montée des Carmélites, la rue des Chartreux. Elle prend ensuite la direction de Bourg-en-Bresse, Besançon puis Trèves en Allemagne.
  • La voie de l’Océan : de nombreuses traces de cette voie ont été découvertes et permettent d’en suivre le cheminement : au début l’avenue Barthélémy Buyer, elle rejoint la rue Pierre Audry puis le quartier de Vaise par la rue du Sergent Michel Berthet, la place de Valmy et la rue de Bourgogne. Elle sort alors de Lyon pour prendre la direction de Boulogne sur Mer via Tournus et Mâcon.

Par la suite, ce réseau sera complété par 3 autres voies : en direction de Vienne (le Compendium) et de l’Italie dans un premier temps (l’obstacle du Rhône ayant enfin été franchi) et en direction de Genève dans un second temps. Le réseau d’Agrippa a certainement été calqué sur le réseau déjà existant de routes gauloises antérieur à la conquête romaine. Sa vocation est clairement stratégique : la voie d’Aquitaine est censée pouvoir exercer une surveillance dans la Gaule Celtique, quant aux routes du Rhin et de l’Océan, elles annoncent les désirs de conquête de Rome en Germanie et en Bretagne (Grande-Bretagne). La Narbonnaise apparaît seulement comme une route d’accès à l’Italie.

 


Sources :
André Pelletier, Jacques Rossiaud, Françoise Bayard, Pierre Cayez, Histoire de Lyon des origines à nos jours, Editions Lyonnaises d’Art et d’Histoire, 2007