L'Antiquaille

Le site de l’Antiquaille se situe sur la colline de Fourvière, à proximité des théâtres gallo-romains. Les premières traces d’occupation datent de la période antique.  Avant de devenir l’hôpital bien connu des Lyonnais, ce site a d’abord été une somptueuse demeure construite par Pierre Sala, bourgeois lyonnais, qui  la nomma "Anticaille" après avoir trouvé de nombreux vestiges romains sur le terrain.  Ce lieu devint ensuite un couvent de Visitandines. Ce n’est qu’à partir du XIXème siècle que la Commune de Lyon transforme le couvent en hospice, puis au XXème en hôpital spécialisé.  Fermé en 2003, l’hôpital  est  aujourd’hui  reconverti  en appartements, restaurant étoilé et musée.

 

Une occupation antique

La colline de Fourvière est le lieu d’implantation de la civilisation gallo-romaine à Lyon. Le site de l’Antiquaille se trouve inclus dans l’enceinte de la ville antique, à proximité du Forum et des Théâtres. Il n’est donc pas surprenant que l’on ait retrouvé des traces de cette occupation sur son emplacement. La nature de cette occupation fait encore l’objet d’incertitudes, mais en 1854, une plaque de marbre portant l’inscription in dom(o) Iulian(i ou –a) a été mise à jour. Plusieurs théories ont été avancées : palais impérial, maison de César ou demeure d’un citoyen nommé Iulianus. La plus plausible paraît être cette dernière. La légende voudrait également que Saint-Pothin, premier évêque de Lyon, ait été jugé sur ce site, emprisonné avec ses compagnons martyrs et y soit décédé.

Des fouilles réalisées à différentes époques, notamment par les Visitandines lors du réaménagement de la villa d’origine, ont mis à jour des éléments témoignant de l’implantation d’un habitat antique plutôt aisé : voies de circulation, égouts, éléments de système d’approvisionnement en eau, murs de soutènement, mosaïques et décorations en stucs, thermes privés.

 

La Maison des Champs de Pierre Sala

Maison Pierre Sala - A la fin du Moyen-Âge, le site, qui n’a pas encore prit le nom d’Antiquaille, se nomme « Champs de Colle » et est essentiellement consacré à la culture de la vigne. Pierre Sala (1457-1529) humaniste et ancien écuyer de François Ier, achète quelques parcelles de terre pour y établir une résidence qui sera son lieu de villégiature. Il y fait construire, entre 1505 et 1514, une maison principale et une chapelle indépendante qu’il nomme « l’Anticaille », en référence aux vestiges archéologiques antiques présents sur le site. A sa mort en 1529. les héritiers successifs, et plus précisément Symphorien Buatier (petit fils de Pierre Sala) et Benoist Buatier (cousin de Symphorien) agrandissent ensemble la résidence et étendent la propriété jusqu’à la montée du Gourguillon et aux Minimes.

Le 30 juin 1629, Mathieu de Sève, prévôt des marchands de Lyon, achète la demeure à Jeanne Buatier et en fait don aux Visitandines qui s’y installent en avril 1630.


 

Le couvent des Visitandines

 

L’ordre religieux des Visitandines est fondé en 1610 par Saint-François de Sales et Sainte-Jeanne de Chantal à Annecy. L’ordre qui est déjà présent à Lyon depuis 1615 à Bellecour et provisoirement depuis 1627 montée du Gourguillon, doit faire face à un nombre grandissant de vocations religieuses. Deux couvents seront alors créés : celui de Sainte-Marie de L’Antiquaille et celui de Sainte-Marie-des-Chaînes en 1640 sur la rive gauche de la Saône.

Dès 1632, les religieuses vont entamer une série de grandes transformations afin de répondre aux exigences et au plan-type de l’ordre : construction d’un cloître, de nouvelles ailes, prolongement de l’ancien logis de la demeure d’origine, chapelle, nouveaux pavillons, amélioration de la desserte en eaux… L’origine des financements des travaux est très divers : travaux de dentelle de luxe par les religieuses, bénéfices des droits seigneuriaux, dot des nouvelles arrivantes, aide de la reine Anne d’Autriche. En 1639, les travaux sont officiellement terminés par la consécration de l’église à la Vierge et aux martyrs lyonnais.

En 1792, à la suite de la Révolution, les religieuses doivent quitter les lieux, le domaine est alors vendu comme bien national le 1er juillet 1796.

 

La création de l’hospice

Hopital de l'AntiquailleEn 1474, sur les bords de Saône, au pied de la montée de Choulans et  à l’emplacement où débouche l’actuel  tunnel de Fourvière, est installé l’hôpital de la Quarantaine, nom qui lui vient de la période de quarantaine dont faisait l’objet les malades, atteints de la peste dont il avait la responsabilité.  Il se tourne vers les mendiants et les vagabonds quand le nombre de pestiférés diminue.

L’accueil de ces indigents était précaire, les locaux trop exigus et insalubres. La position géographique en bord de Saône n’arrange en rien la situation sanitaire de l’hospice. Il devient nécessaire de trouver rapidement d’autres locaux : le choix s’oriente alors vers l’Antiquaille, ancien couvent de la Visitation. Le transfert est effectué le 21 novembre 1803. Ce nouvel hospice est placé sous la protection de Saint-Pothin, nom du premier évêque de Lyon. La prison où il aurait été détenu se situerait, selon la légende, près de la Chapelle.  L’hôpital prend d’ailleurs provisoirement le nom d’hôpital Saint-Pothin.

La fonction première de l’Antiquaille reste dans la continuité des attributions de la Quarantaine : l’accueil des mendiants. L’hôpital bénéficie, en outre, d’une grande autonomie par rapport aux autorités municipales : le conseil d’administration de l’Antiquaille, à la différence de celui des Hospices Civils de Lyon (HCL), n’est pas présidé par le maire et élit donc lui-même son président.

Désireuse de rester dans un esprit de polyvalence, l’administration de l’Antiquaille s’est toujours refusée à une spécialisation de l’hôpital : les quelques tentatives d’en faire un dépôt de mendicité (finalement installé en 1810 dans l’ancienne abbaye des Chazeaux, à proximité de l’Antiquaille) ou un asile d’aliénés se sont confrontées au refus catégorique de l’administration et ont échoué. Cependant, dans les faits, elle facilite clairement l’entrée de patients atteints de maladies cutanées ou vénériennes rejetés par les autres établissements hospitaliers et les mendiants restent quant à eux peu nombreux voire totalement absents des statistiques : la population de l’Antiquaille se compose essentiellement de femmes : filles publiques en majorité, vieilles et incurables, aliénées… ce qui est assez éloigné de la fonction première de l’hôpital. Par ailleurs dès 1826, les vieillards sont transférés vers l’hospice de la Charité (aujourd’hui disparu) à proximité de l’actuelle place Bellecour (le seul vestige encore visible aujourd’hui est la tour de l’horloge, place Antonin Poncet).

En 1839, un projet de règlement redéfinit les attributions de l’Antiquaille : l’hospice est destiné à accueillir les aliénés mentaux, épileptiques, syphilitiques et les malades atteints d’affections cutanées. L’Antiquaille se donne comme objectif non pas d’enfermer ses malades pour les isoler du reste de la population, mais bien de leur fournir des soins adaptés avec un objectif de guérison et de réintégration, volonté qui va se confirmer dans les années à venir.

 

Vers une modernisation de l’hôpital

A partir de 1830, l’Antiquaille va faire l’objet d’une grande modernisation de son système médical. A cette date, la Monarchie de Juillet est instaurée en France. Les membres du Conseil d’Administration issus des familles traditionnelles, qui exerçaient sous le régime précédent, refusent de prêter serment au nouveau souverain et sont remplacés. De nouveaux membres sont nommés au Conseil : des médecins, avocats, magistrats, marchands qui vont donner une impulsion nouvelle à l’hôpital.

Le corps médical devient plus important et plus qualifié grâce au recrutement de médecins, de chirurgiens compétents et expérimentés ainsi que de nouveaux internes qui sont formés sur place. Le corps médical de l’Antiquaille gagne en prestige, en professionnalisme et en conditions de travail. Par ailleurs, les nouveaux membres du conseil continuent la campagne d’agrandissement du bâtiment initiée par leurs prédécesseurs.

Mais cette politique d’agrandissement de l’hôpital et de modernisation du corps médical a un coût. L’Antiquaille, toujours indépendant des autorités municipales, peine à trouver les ressources nécessaires pour financer ses dépenses de fonctionnement. Les quelques expériences destinées à trouver des fonds propres qui sont initiées (création d’une pharmacie de vente et la mise en place d’un mont de piété) restent infructueuses. La ville de Lyon et le département du Rhône deviennent rapidement les principaux contributeurs financiers de l’hôpital.  En 1845, les difficultés financières ne sont pas résolues et la mésentente entre la ville et le Conseil grandit. L’Antiquaille perd son indépendance et est rattaché aux Hospices Civils de Lyon par ordonnance royale du 30 juin 1845.

 

De la généralisation des services à la fermeture de l’Antiquaille

Suite au rattachement de l’Antiquaille aux HCL, l’hôpital va peu à peu se généraliser.  En 1861, les Chazeaux, ancien dépôt de mendicité, est annexé à l’Antiquaille et fin 1876, les aliénés sont transférés vers le nouvel asile départemental de Bron, le Vinatier. Des places sont alors libérées et l’Antiquaille devient en partie un hôpital généraliste pour les habitants du quartier.

Des constructions nouvelles sont engagées, notamment après le 13 novembre 1930, lorsque toute une partie de la colline de Fourvière s’effondre (la Catastrophe de Fourvière) et provoque la destruction des Chazeaux. Les nouveaux bâtiments sont élevés à l’intérieur même de l’hôpital, en lieu et place de l’ancienne rotonde des folles.

Durant tout le XXème siècle, la volonté d’offrir des soins efficaces à la population ne faiblit pas et de nouveaux services médicaux vont voir le jour. Aux services historiques de dermato-vénérologie (le plus important), d’urologie et de neurologie, viennent s’ajouter les services d’oto-rhino-laryngologie, d’ophtalmologie chirurgicale, d’endocrinologie, de néphrologie et de transplantation. La première transplantation rénale à Lyon a d’ailleurs eu lieu à l’Antiquaille en 1960.

Depuis le XIXème siècle, l’Antiquaille a vu exercer dans ses murs des médecins restés célèbres dans l’histoire médicale et parfois politique lyonnaise. Parmi les plus célèbres, nous pouvons citer :

  • Antoine Gailleton (maire de Lyon de 1881 à 1900),
  • Victor Augagneur (maire de Lyon de 1900 à 1905),
  • Louis Paufique (qui a donné son nom à un centre ophtalmologique Louis Paufique toujours en activité)
  • Jules Courmont (un des acteurs de la création de l’hôpital Edouard Herriot).

En 2003, suite à des problèmes économiques et à une volonté de réorganiser les HCL (l’Antiquaille s’avère trop éloigné du centre-ville), l’hôpital est fermé. La SACVL (Société Anonyme de Construction de la Ville de Lyon) rachète les locaux et y installe un nouveau quartier qui regroupe une résidence étudiante, des bureaux, des logements, un restaurant gastronomique, un hôtel 5 étoiles, l'Antiquaille-Espace culturel du christianisme à Lyon : un parcours historique de 14 siècles qui prend appui sur la tradition situant à cet endroit le "cachot" de Saint Pothin (premier évêque de Lyon) et la crypte des martyrs chrétiens de 177 dont Sainte Blandine. Sont présentés de manière vivante et ludique les premiers chrétiens de Lyon, l'expansion  du christianisme durant le premier millénaire, les Eglises d'Orient, la chrétienté médiévale occidentale et le temps des Réformes. (guide de visite disponible en anglais, allemand, espagnol, italien, chinois et braille). Lieu équipé pour les PMR. Entrée à 200m. tout en haut de la rue de l'Antiquaille au 49 montée Saint Barthélémy permettant de voir l'entrée de la maison de Pierre Sala, la façade de la chapelle et le cloître des Visitandines, monuments historiques classés du XVIIème siècle.
http://antiquaille.fr

L’Antiquaille est la première étape d’une série de réhabilitation des établissements hospitaliers engagée par la ville qui va se poursuivre par l’Hôtel-Dieu sur la Presqu’île et enfin  Debrousse, ancien hôpital pour enfants également situé sur la colline de Fourvière.


Sources :
René MORNEX, Bernard DUCOURET, Olivier FAURE, L'Antiquaille de Lyon, Histoire d'un hôpital, Lieux Dits, Lyon, 2003