Les bateaux de Saint-Georges

Une découverte exceptionnelle !

Saint-Georges, situé sur la rive droite de la Saône, est l'un des trois quartiers, avec Saint-Jean et Saint-Paul, qui constituent le site du Vieux Lyon inscrit au Patrimoine Mondial de l'Humanité par l'UNESCO depuis 1998.

En prenant l'initiative de construire un parc de stationnement souterrain situé place Benoît Crépu, en bordure de Saône, Lyon Parc Auto est conscient que des fouilles archéologiques préventives seront effectuées. En effet dès octobre 2002, sur prescription de la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC), les fouilles réalisées par l'Institut national de recherches en archéologie préventive (Inrap) débutent et se poursuivent jusqu'au mois de juin 2004.

L'équipe de l'Inrap va mettre à jour des découvertes exceptionnelles qui, tout en accroissant le patrimoine culturel lyonnais, apportent de nouveaux témoignages historiques sur le monde gallo-romain.

Grâce à ces fouilles, il a été possible de retrouver des traces de la présence humaine sur les bords de Saône s'échelonnant de l'Antiquité à nos jours.

L'étude des différentes couches archéologiques a permis de constater à cet endroit des marques de la confluence du Rhône et de la Saône à l'âge du Fer.
Elle a aussi révélé l'existence de traces de différentes espèces (oiseaux, poissons, rongeurs, etc.).

Des analyses telles que celles des graines, des charbons de bois, des pollens apporteront de précieuses informations sur le couvert végétal et la flore.

Au Moyen Age, de hauts murs bordaient la rive. Une pirogue de cette époque a été extraite de terre.

Seize épaves d'embarcations fluviales sont découvertes : six de l'époque gallo-romaine, deux du Moyen-Age, sept du XVIe siècle et une du XVIIIe siècle.

Les six embarcations à fond plat datées du Ier ou IIe siècle de notre ère ont été mises au jour en octobre 2003 et elles constituent la découverte marquante de ces fouilles. Ces six épaves représentent un témoignage unique de l'architecture fluviale et de la batellerie dans la Gaule romaine. En effet, il n'existe aucune trace écrite et pratiquement pas d'images en ce qui concerne les bateaux et l'activité fluviale à l'époque antique.

De taille imposante (elles mesurent de 15 à 18 m de long pour 2 à plus de 4 m de large), elles sont composées d’éléments en bois (du chêne et du sapin) assemblés par cloutage. L’un des bateaux possède un emplacement pour le mât qui permettait aux hommes ou aux animaux de trait de le haler depuis la berge.

Quatre d’entre elles sont échouées côte à côte.

Dans la même zone, en bordure de berge, un ponton constitué de pieux de bois et de poutres horizontales a été dégagé par les archéologues, ce qui prouve qu’il existait dans le quartier Saint Georges une installation portuaire avec un trafic de marchandises de grande envergure par voie fluviale.
Dès le XVIe siècle, l’existence du port Sablé est attestée. La vie des habitants de Saint Georges s’organise et se structure autour de ce point névralgique. La découverte d’une barque du XVIIIe siècle confirme son activité.

Les Lyonnais qui ont eu la chance de visiter le chantier des fouilles ont pu voir l’escalier monumental en pierre de taille porteur de marques de tâcheron et l’esplanade en galets du port Sablé, recouverts au XIXe siècle lors de la construction de l’actuel quai Fulchiron.

Les archéologues ont également trouvé de nombreux témoignages de la vie passée du quartier : des milliers de fragments de céramique (sans doute de la vaisselle), des objets en bois, en cuir, en verre, en métal, des tissus, des bijoux (tel un camée en or), des statues. Les flotteurs de filets de pêche et des nasses encore présentes sur les embarcations qui évoquent une des activités typiques d’un bord de rivière.

Pour compléter le tableau, citons des éléments de construction (tuiles, pierres de taille, marbre), quelques pièces de monnaie, et enfin des blocs d’architecture sculptés dans des matériaux divers.

Dans la brochure éditée par le Musée gallo-romain de Fourvière, il est spécifié que dans les blocs d’architectures dégagés lors des fouilles, deux ensembles ont pu être individualisés. Le premier inclut des fûts de colonnes, des seuils de porte, et autres pièces, soit une centaine de blocs. Le second ensemble, composé d’une vingtaine de blocs, semble être composé de fragments des parties hautes, entablement et fronton d’un monument, finement taillés. Après analyse des pièces par des experts, la date de construction se situe au début de l’époque impériale, sous Auguste ou Tibère.

De quels monuments proviennent-ils ? Pour l’instant, les spécialistes s’interrogent. Tous ces éléments, actuellement en cours d’analyse, permettront peut-être d’en apprendre plus sur l’histoire du quartier Saint-Georges et de Lyon, mais rien ne permet d’affirmer que ces édifices aient été édifiés sur le site.

 

Que sont devenus les bateaux ?

Sur les six embarcations gallo-romaines, trois d’entre elles sont étudiées, analysées par une équipe d’archéologues pour livrer tous leurs secrets. Les trois autres ont été sélectionnées pour être restaurées et exposées dans des musées, mais pas avant 2012. Ces épaves, en excellent état, ont d’abord été immergées dans un plan d’eau pour une conservation provisoire, puis ont été acheminées vers le Laboratoire ARC-Nucléart de Grenoble, spécialiste du traitement des matériaux organiques gorgés d’eau. Alors, en attendant, patience…